Les nouvelles espèces du golfe de Guinée

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avril 2011
© Ifremer - campagne Wacs - Victor 6000
1 - Bivalves (vésicomyidés) observés sur des lobes terminaux du chenal du fleuve Congo. 2 - Prélèvement de modioles (moules) sur une moulière d’un “pockmark”. 3 - Mesure de la respiration des communautés biologiques.

Une campagne menée en février a permis d’explorer les profondeurs du golfe de Guinée. Des résultats ont émergé.

C’est dans le golfe de Guinée, au large du Congo, du Gabon et de l’Angola, que l’on pouvait voir le Pourquoi Pas ? du 27 janvier au 28 février derniers. Biologistes, microbiologistes, chimistes et géologues, quarante scientifiques, en plus des membres d’équipage, se sont succédé à bord du bateau océanographique de l’Ifremer au cours de la campagne Wacs(1).

Le but de leur voyage ? L’exploration de plusieurs sites sous-marins dont des zones d’émissions de fluides froids. « Il s’agit en fait de fluides ou de gaz très riches en méthane, et même parfois en hydrocarbures beaucoup plus lourds – comme du pétrole –, qui sortent à la même température que l’eau. Contrairement aux sources hydrothermales de la dorsale atlantique qui jaillissent à plus de 300°C », explique Karine Olu-Le Roy, biologiste spécialiste des écosystèmes profonds à l’Ifremer de Brest, qui a dirigé la campagne.

Ces fluides sont le résultat de la transformation de la matière organique, enfouie depuis très longtemps et qui remonte à la surface du sédiment marin par des cheminées, des failles... et forme parfois des dépressions sur les fonds marins, les “pockmarks”. Les communautés animales qui vivent à proximité se sont adaptées à ces milieux particuliers.

À 3200m de fond

« Notre objectif était de continuer l’inventaire de la faune et des microorganismes, commencé lors de campagnes menées par l’Ifremer dans les années 2000, sur un “pockmark” géant d’environ 1km de diamètre, à 3200m de fond. Mais nous avons aussi découvert deux nouveaux sites actifs à 100km de distance du premier. Nous y avons prélevé de nouvelles espèces de bivalves et certainement beaucoup de nouveaux macro- et microorganismes qui vont maintenant être décrits à terre, au laboratoire, avec des méthodes de taxonomie classique, basée sur la morphologie des animaux, et de taxonomie moléculaire basée sur la génétique » (lire article ci-contre).

En plus de la description des animaux proprement dits, Alexis Khripounoff a mesuré la respiration de bivalves et de vers et réalisé des bilans respiratoires sur des moulières d’une centaine d’individus.

L’autre caractéristique de la marge congo-angolaise, c’est le chenal profond que forme le fleuve Congo (2e plus gros débit liquide après l’Amazone) dès la côte, contrairement à la majorité des fleuves qui s’épandent d’abord en delta au niveau de la marge continentale (entre 0 et 150m).

Avalanches sous-marines

Bernard Dennielou, géologue spécialisé dans l’étude des sédiments, était l’expert à bord pour expliquer l’originalité de cette situation à ses collègues. « Le fait que le plateau soit entaillé par le canyon, fait que celui-ci est directement relié au fleuve et donc alimenté en permanence par du sédiment riche en matière organique fraîche en provenance du continent, explique-t-il. Le courant de sédiment est puissant sur une distance de 1000km et à une profondeur qui atteint 5000m ! On peut observer des avalanches sous-marines qui forment des bords de chaque côté du chenal. » Le géologue connaît bien les lieux : il a participé aux campagnes de 1998 et 2002 durant lesquelles les cartographies ont été réalisées. « On savait exactement où l’on allait. Et comme les communautés biologiques se trouvent plutôt sur les reliefs, on n’a pas eu de difficultés à les trouver. » Alexis Khripounoff y a même détecté une activité respiratoire 2 à 3 fois supérieure à ce que l’on observe habituellement à ces profondeurs, « qui serait plutôt due à de petits animaux », précise-t-il. Les biologistes y trouvent un autre terrain pour compléter leur récolte et la comparer à celle faite sur les “pockmarks” : très abondant, le bivalve vesicomyidé semble un peu différent d’une espèce déjà décrite. Des études de taxonomie le confirmeront.

Ils reviendront !

Les scientifiques ont déjà prévu de revenir explorer les lobes du Congo : une campagne est en cours de programmation pour 2012. « Nous avons laissé sur place des instruments de mesure, poursuit Karine Olu-Le Roy, des pièges à particules qui vont effectuer deux prélèvements par mois, des courantomètres et des modules de colonisation pour observer les substrats utilisés par les animaux. » En attendant, les chercheurs ont du pain sur la planche car la campagne de 2011 a été un succès : « Tout a bien fonctionné ; nous n’avons pas eu de problèmes techniques », conclut la responsable de campagne. Ce qui n’est pas gagné d’avance quand on travaille à 5000m de profondeur avec un submersible...

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Nathalie Blanc

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