Quelle est cette crevette ?

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avril 2011
© Ifremer - campagne Wacs - Victor 6000
Crevettes observées in situ lors de la campagne Wacs.

Les espèces de crevettes prélevées sur différents sites au fond de l’Atlantique sont-elles les mêmes ? Le mystère devrait bientôt être levé.

Imaginez des larves de crevettes de quelques millimètres ballotées par les courants marins dans des volumes d’eau énorme... et que l’on retrouverait entre 4000 et 5000m de profondeur, dans trois endroits très éloignés et non connectés entre eux : les sources chaudes de la dorsale atlantique, les sources froides du golfe du Mexique et celles du golfe de Guinée. Tel est le mystère que tentent de comprendre les scientifiques et notamment ceux embarqués à bord du Pourquoi pas ? lors de la campagne Wacs(1), menée par L’Ifremer début 2011 (lire article ci-contre).

Sur la ceinture atlantique

Biologiste à l’Ifremer de Brest, Sophie Arnaud-Haond était de ceux-là. « Les espèces que l’on trouve à ces profondeurs n’existent nulle part ailleurs, explique-t-elle. Cela fait longtemps qu’elles ont divergé des espèces côtières. Mais comment sont-elles arrivées là ? Les populations trouvées dans les trois sites de la ceinture équatoriale atlantique – NDLR mentionnés plus haut – sont-elles vraiment les mêmes ? C’est ce que nous allons chercher à savoir. » Avant de comparer des échantillons prélevés de chaque côté de l’Atlantique, les chercheurs vont d’abord les analyser à une plus petite échelle : au niveau d’une même source, sur une centaine de cm2 et entre différentes dépressions, sur quelques km2. « Nous voulons calculer le degré de connectivité entre les individus, précise Sophie Arnaud-Haond. Quand la connectivité diminue, cela veut dire que les populations se différencient et qu’il y a apparition de nouvelles espèces. On appelle cela la spéciation. » Ces comparaisons devraient éclairer les chercheurs sur la stratégie utilisée par les crevettes pour assurer leur survie. Si elles se dispersent, les populations trouvées sur les différents sites devraient alors être connectées. Ou restent-elles sur un même site ? Dans ce cas, il n’y a pas de liens d’un site à l’autre et chaque population y est différente.

Les premiers résultats

Des comparaisons morphologiques et moléculaires ont déjà été réalisées de part et d’autre de l’Atlantique sur d’autres espèces comme les modioles (moules), en associant les approches morphologiques et moléculaires, en collaboration avec des chercheurs américains. Sophie Arnaud-Haond va maintenant réaliser les caractérisations génétiques des crevettes. Les résultats seront connus d’ici 6 à 8 mois. Mais, impatiente, elle n’a pas attendu que tous les échantillons prélevés en février sur le Pourquoi pas ? reviennent à terre. « J’ai commencé quelques tests comparatifs entre les espèces du golfe de Guinée et celles déjà bien répertoriées des sources chaudes du milieu de l’Atlantique et... il semblerait qu’il s’agisse de la même ! »

Stratégie de dispersion

Si ces résultats se confirment, il restera à comprendre comment cela est possible ? Car la perte de larves engendrée par cette stratégie de dispersion est énorme. Comment font les survivantes pour se trouver au bon endroit, une source froide ou chaude, au bon moment dans leur maturation ? En science, une réponse à une question en engendre souvent une autre... !

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Nathalie Blanc

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