La recherche prend du champ

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juillet 2011
Cette photo prise le 10 juin dernier illustre des essais de culture à Chavagne (Ille-et-Vilaine). Au centre : la variété moderne “Renan” est entourée de deux populations de blés paysans.
© DR

Science et société L’agriculture est depuis dix ans un champ d’applications de la recherche participative. Témoignages et expérimentations ont été présentés en juin à Rennes lors d’un colloque.

Véronique Chable vit au rythme des paysans et des paysans boulangers. Elle passe du temps dans les champs et dans les fournils. Cette généticienne spécialiste des semences et de l’amélioration des plantes est pourtant ingénieure de recherche au centre Inra de Rennes, mais investie depuis dix ans dans la recherche participative. Elle a commencé à travailler avec les agriculteurs biologiques, qui ne trouvaient pas les graines qu’il leur fallait dans les catalogues officiels. « Ces catalogues sont remplis de semences très stables et homogènes, tout à fait adaptées à l’agriculture traditionnelle, c’est-à-dire qui répondent bien aux traitements phytosanitaires chimiques, mais pas au cahier des charges de l’agriculture biologique. »

Des variétés hors la loi

La volonté de remettre la biodiversité au goût du jour et de replanter des semences anciennes et oubliées, mais plus adaptées à leur environnement, est d’abord née dans la conscience de quelques individus. Puis, les initiatives se sont organisées : réseaux de semences paysannes, maisons des semences pour arriver à maintenir ces variétés “hors la loi”. Véronique Chable a rapidement tissé des liens avec plusieurs associations en Bretagne : Les mordus de la pomme, dans le pays de Dinan, Triptolème pour les céréales, Kaol kozh(1) pour les légumes. « Ce travail de proximité avec les paysans et les associations sur la sélection et la conservation doit être complété par des études sur les normes et les qualités sanitaires des produits, explique-t-elle. Car c’est tout le système qui doit être cohérent. » C’était l’objectif du projet européen (Farm Seed Oportunities(2)), qu’elle a coordonné et qui vient de se terminer. La suite du dialogue entre le terrain et les autorités est déjà entamée avec un nouveau projet (Solibam).

L’autonomie semencière

À l’échelle de la Bretagne, la question de l’autonomie semencière est notamment étudiée à travers PaysBlé, un projet d’appropriation sociale des sciences, soutenu par le Conseil régional (lire encadré). L’objectif : définir les critères de panification d’une variété patrimoniale de blé utilisable par des paysans boulangers et aider ainsi au développement de circuits courts. Cette expérience et bien d’autres ont été présentées durant le colloque “Recherche agricole - projet de société”(3), qui s’est tenu à Rennes le 14 juin dernier. Il a réuni près de 120 membres d’associations, de collectivités locales, chercheurs, agriculteurs, paysans...

Victimes de leur succès

Le contexte a bien évolué depuis les années 2000. Comme l’a rappelé Véronique Chable : « Avant cette date, une recherche paysanne existait sur le terrain mais n’avait pas de place dans les programmes de recherche académique. Avec la sélection participative, l’Inra s’est officiellement engagé à partir de 2001 et le projet Solibam élargit ce sujet à une recherche participative qui bénéficie de financements dédiés depuis 2009. » Aujourd’hui, le nombre de projets ne fait qu’augmenter et les chercheurs sont victimes de leur succès - ils ne sont encore que quatre dans toute la France. La question de la formation a d’ailleurs été abordée pendant le colloque. Les plantes, elles, s’adaptent plus vite : cette année, les variétés de blé ancien, plantées dans le cadre du projet PaysBlé souffrent beaucoup moins que les autres, car elles ont plus de racines (voir photo). Et si les hommes en prenaient de la graine ?

Recherche et problématiques de société

Adoptés en 2006 par la Région Bretagne, les dispositifs d’Action pour l’appropriation sociale des sciences (Asosc) permettent de financer des projets de recherche-action portant sur des problématiques sociétales, dans une perspective de développement durable. Ces projets doivent être conçus et réalisés en partenariat entre des structures de la société civile (associations, collectivités locales...) et des laboratoires de recherche situés en Bretagne. Trente projets ont été conduits depuis 2006 dans des domaines variés : environnement, logement, sciences de l’éducation, handicap... Quatorze dossiers ont été déposés en 2011, dont MaïsPop, coordonné par Véronique Chable pour étudier l’autonomie semencière du maïs, comme ce qui se fait déjà avec le projet PaysBlé. Ils sont actuellement en cours d’évaluation. La décision finale de la Commission permanente du Conseil régional étant fixée le 27 octobre prochain.

Nathalie Blanc


Yannick Pont - Tél. 02 99 27 12 77
yannick.pont@region-bretagne.fr
 

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