Exploité en grande quantité

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juillet 2011
Chargé de sable coquilier, le sablier Côtes de Bretagne se présente à l'entrée du Trieux pour aller décharger sa cargaison à l'usine de Pontrieux (Côtes-d'Armor).
© Compagnie armoricaine de navigation

Le sable ne sert pas qu’à faire des pâtés. C’est l’élément de base pour fabriquer du ciment ou fertiliser les champs.

Cette nouvelle a de quoi surprendre, mais, c’est une réalité : le grand Ouest manque de sable ! De sable pliocène, relativement pur, indispensable à la fabrication de béton de bonne qualité pour construire des maisons. « Ce n’est pas exactement le sable qui manque mais plutôt les autorisations pour l’exploiter, précise Anaïs Guérin-Chapel. Ce constat est valable pour la France en général, mais il est très criant dans l’Ouest. » Ces freins à l’exploitation, la jeune femme en a fait sa spécialité. Géographe de formation, elle a opté pour la géographie humaine pour sa thèse, au cours de laquelle elle a travaillé sur la durabilité des carrières et leur perception extérieure par les riverains, les élus, les médias(1)...

La mémoire du paysage

Elle a étudié huit sites en Bretagne, dont un projet de site de sable marin, au large de Lorient, qui a fait parler de lui et dont le Permis exclusif de recherche (PER), mis en œuvre de 2005 à 2009 par Lafarge et Italcimentia, n’a pas débouché sur une demande d’autorisation d’exploitation. « Ouvrir une carrière, c’est toucher au paysage et celui-ci est devenu une donnée importante pour les riverains. En rencontrant les associations qui se manifestent autour des sites d’extraction, j’ai noté une forte réaction par rapport à leur territoire, qu’il soit terrestre ou marin, explique Anaïs Guérin-Chapel.  Aujourd’hui, le réaménagement des carrières terrestres est discuté en amont, avant le démarrage de l’exploitation et le projet est traité de préférence de façon homogène sur tout le site. Remise en eau, réaménagement agricole ou écologique. « Cela se passe plutôt bien pour les carrières de sable, poursuit Anaïs Guérin-Chapel, car leur exploitation est de l’ordre d’une trentaine d’années, c’est-à-dire une génération. Les gens voient l’avant, le pendant et l’après. » Contrairement aux carrières de roches massives, pour lesquelles l’exploitation d’un filon peut durer plus de cent ans ! Dans ce cas, il n’y a pas de mémoire du paysage.

Du maërl au sable coquillier

La problématique de l’extraction en mer est un peu différente. Depuis janvier 2011, Anaïs Guérin-Chapel est consultante indépendante. Elle est basée à Quimper où elle travaille en partie pour la Compagnie armoricaine de navigation, un exploitant de sable coquillier. Pas question de l’utiliser pour fabriquer des maisons ! La vertu de ce sable-là, c’est sa richesse en débris de coquillages et donc en calcaire, précieux pour l’épandage naturel des sols. « Avant c’était le maërl(2) qui était ramassé puis broyé pour être déversé sur les champs de légumes. Cette activité était ancrée dans les pratiques culturelles régionales. Mais le maërl est aujourd’hui considéré comme un habitat naturel sous protection. » L’arrêt de son exploitation est prévu en 2013. D’où le regain d’intérêt pour le sable coquillier. Son extraction provoque moins de remous que celle du sable marin destiné au BTP, notamment parce que les gisements sont beaucoup plus petits : 80000 tonnes contre 3,5 millions de tonnes pour le site du Pilier en cours d’exploitation au large de La Baule.
Mais c’est surtout le devenir du sable qui est moins polémique : favoriser l’épandage naturel, pour réduire les problèmes d’algues vertes, est beaucoup mieux accepté par l’opinion que la construction de maisons en béton. Pourtant... la Bretagne est une des régions de France qui doit faire face à l’arrivée de nouveaux habitants, qu’il faut bien loger... Dans des maisons en paille ou en bois ? !
 

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Nathalie Blanc

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