Sous l’eau, un habitat protégé

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juillet 2011
Ces petits crustacés (Ampelisca) vivent sur les fonds de sable fin.
© DR

Les sables marins immergés abritent de nombreuses espèces animales, qui renseignent sur la santé du milieu.

En mer, les sables fins non découverts abritent de très nombreuses espèces d’invertébrés : crustacés, bivalves, vers... Les poissons plats s’y enfouissent et y trouvent une nourriture variée et abondante. Recouverts de particules organiques (vase) et immergés entre 10 et 20 m de profondeur, ces sables fournissent de très nombreuses informations sur le fonctionnement de l’écosystème littoral et l’évolution des peuplements benthiques.

Des milliers dans 1m2

En 1977, Jean-Claude Dauvin, chercheur à la Station biologique de Roscoff du CNRS, initie une série d’observations sur un fond de sables fins où dominent plusieurs espèces d’Ampelisca, des petits crustacés (amphipodes) présents par milliers par mètre carré. Un an plus tard, c’est le naufrage de l’Amoco Cadiz à Portsall. 220000 tonnes de pétrole s’échappent du supertanker. La majorité de ces Ampelisca disparaissent très rapidement.
Afin d’étudier le devenir du peuplement perturbé, leur suivi se poursuit. À Roscoff, Franck Gentil et ses collaborateurs(1) prélèvent cinq fois par an l’équivalent d’1m2 de sable fin, à l’aide d’une benne. « Progressivement, on a vu le retour de ces crustacés, et presque retrouvé les mêmes populations qu’au début du suivi, explique le scientifique. Mais depuis quelques années, on constate une nouvelle baisse, quasiment aussi importante que celle provoquée par l’Amoco Cadiz. » Pourquoi ? Plusieurs hypothèses : effets du réchauffement climatique, pollution chronique, interactions avec d’autres espèces ou fluctuation pluriannuelle naturelle des populations. Si cette dernière tient la corde, les preuves sont encore insuffisantes.  

Un habitat sous surveillance

Comme d’autres habitats côtiers (bancs de maërl, milieux rocheux...) autour de la Bretagne, les sables fins font l’objet d’une surveillance particulière par le réseau benthique Rebent(2), créé et coordonné par l’Ifremer à la suite d’une autre catastrophe : celle de l’Erika. Ce réseau est composé de plusieurs laboratoires bretons(3), qui, une fois par an, en hiver, réalisent une mission océanographique pour réaliser des échantillonnages dans une dizaine de baies autour de la Bretagne. « Nous avons analysé les résultats des cinq premières années de prélèvements du Rebent : il n’existe pas vraiment de tendance temporelle pour les fonds de sables fins envasés, et les variabilités les plus importantes sont liées aux différents sites d’échantillonnage », souligne Franck Gentil. Les données recueillies par le réseau Rebent servent également au calcul d’indices biologiques sur l’état du milieu. Les espèces sensibles à la pollution organique, comme par exemple certains vers marins (polychètes), permettent d’identifier les masses d’eau susceptibles d’atteindre le “bon état écologique” visé pour 2015 par la Directive-cadre européenne sur l’eau (DCE). Les sables fins n’en finissent pas d’aiguiser l’intérêt des chercheurs... et l’appétit des poissons plats.
 

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Raphaël Baldos

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