Redécouvrons la forêt d’antan

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septembre 2011
© Aurélie Reinbold

Historienne, archéologue et même palynologue, une étudiante en thèse reconstitue la forêt de Rennes au Moyen Age.

Il fut une époque où elle entourait toute la ville... Mais depuis le bas Moyen Âge, la forêt de Rennes se trouve cantonnée au nord-est de la ville, avec des variations dans sa continuité entre Cesson-Sévigné, Liffré et Chevré. Comment se sont produits ces changements ? Pour quelles raisons ? C’est ce qu’a choisi d’étudier l’historienne, archéologue et, depuis peu, palynologue, pour sa thèse(1). Aurélie Reinbold a plus d’une corde à son arc ! Grâce à ces approches variées mais très complémentaires, elle arrive à reconstruire le paysage et à comprendre les pratiques liées à la forêt à différentes époques.

L’état de la forêt royale

Elle commence par s’appuyer sur des cartes des 16e, 17e et 18e siècles, « issues de procès-verbaux établis à la suite de visites commandées par le roi, qui décrivent avec précision l’état de la forêt royale : taillis, futaies... », explique-t-elle. Ces cartes sont d’autant plus intéressantes qu’un historien, Michel Duval, a montré que les contours de la forêt bretonne à la fin du 19e sont assez proches de ceux du bas Moyen Âge (à la différence du reste de la France où elles ont été attaquées). Aurélie Reinbold poursuit sa remontée dans le temps en cherchant des écrits du Moyen Âge dans lesquels elle scrute le moindre indice ou allusion à la forêt. « À cette époque, il existe peu de textes car seuls les érudits savent écrire. Et quand on en trouve, ils ne décrivent pas les paysages ! Il s’agit plutôt d’actes de ventes ou de donations. » Côté archéologie, les sorties sur le terrain, les informations tirées des sites de fouilles viennent compléter le tableau. Depuis un an, Aurélie s’est même initiée à la palynologie(2). « L’analyse des pollens apporte des informations précieuses, explique-t-elle. On peut, par exemple, dater précisément l’ouverture d’une forêt : on observe alors une diminution des pollens de chênaies et hêtraies au profit de pollens spécifiques de plantes agricoles ou des prés. »

 

Pas de grands défrichements

La palynologie permet aussi d’aller contre les idées reçues, ou de vérifier des hypothèses : « Il n’y a pas eu de grands défrichements pendant le Moyen Âge. Oui, la forêt a été rognée, mais petit à petit, à la lisère ou quand c’est à l’intérieur, uniquement aux abords des axes de passage. » Et il existe des endroits où elle a fini par reprendre le dessus. « Au nord de la forêt de Liffré, je n’ai retrouvé aucun écrit mentionnant des vols de bois, ce qui était le cas en forêt de Rennes. J’en ai déduit qu’il y avait moins de pression sur la forêt dans cette zone, mais encore faut-il que je comprenne pourquoi la forêt semble mieux protégée à certains endroits. » Il s’agit probablement du résultat de plusieurs pratiques : construction de talus et de fossés de protection, présence d’une seigneurie, meilleure surveillance des gardes forestiers... ? Autant de causes qui ont pu entraîner un changement de pratiques des populations devant trouver d’autres sources d’approvisionnement. Le bocage pourrait être une solution. En attendant, Aurélie Reinbold peut déjà être fière de sa carte (ci-dessus). Résultat de la compilation de toutes ses recherches.

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NATHALIE BLANC

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