Un coléoptère parti en exil

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septembre 2011
Ce coléoptère a besoin de bois pour vivre.
© Glenn Dubois

Délogé des exploitations forestières, le pique-prune a trouvé refuge dans les vieux arbres du bocage.

Avec ses trois centimètres de long et son poids plume, il a réussi à stopper des bulldozers. Le piqueprune, un coléoptère protégé au même titre que l’ours ou le loup, a beaucoup fait parler de lui il y a quelques années, lorsque sa présence sur le tracé de l’autoroute A28(1) a suspendu les travaux. « C’est suite à cet évènement que j’ai pu commencer ma thèse à la Station biologique de Paimpont, explique Glenn Dubois, entomologiste, pour étudier en détail la vie de cet insecte. » À cette époque, déjà, la petite bête intéresse les chercheurs, qui la prennent comme modèle des insectes saproxylliques, « ceux qui dépendent du bois en décomposition pour leur logement ou leur nourriture, que ce soit des branches mortes ou déjà du terreau », précise le biologiste.

Il a quitté les forêts

Le terreau justement, c’est ce que préfère le pique-prune, surtout celui qui s’accumule dans les cavités des troncs d’arbres. Et l’insecte choisit si possible des arbres de grand diamètre, dans lesquels il peut agrandir les trous existants - sans tuer son hôte – pour former des grandes cavités qui dureront des décennies et accueilleront d’autres espèces. « Le problème aujourd’hui, c’est que les arbres sont abattus jeunes, avant même qu’ils ne portent des cavités propices à l’installation de l’insecte. » Le coléoptère, pourtant originaire des forêts primaires, a donc peu à peu déserté les espaces forestiers exploités pour se réfugier dans les vieux arbres qu’abrite le bocage.

 

Pistage radio

Pendant quatre ans, le chercheur a suivi quelques spécimens installés dans la Sarthe, dans de très vieux châtaigniers conservés au milieu des vergers grâce à la tradition de production de marrons. « Avec un collègue formé à l’escalade dans les arbres, nous avons pu repérer, marquer et suivre successivement une quarantaine d’individus, en leur collant un minuscule émetteur radio sur le dos. » Casque vissé sur les oreilles et détecteur à la main, Glenn Dubois a parcouru les champs pour retrouver ses petites bêtes. Qui ne partaient souvent pas bien loin. « La minorité qui partait parcourait au maximum quelques centainesde mètres. Cette faible mobilité les rend particulièrement sensibles à la fragmentation de leur habitat. Pourtant ce n’est pas un problème de capacité, car en laboratoire, sur des manèges de vol, ils peuvent voler bien plus longtemps. » 
© DR Glenn Dubois équipé pour pister le pique-prune dans le bocage.

 

Des arbres patrimoniaux

Un signe peut-être que leur milieu actuel n’est pas optimal. « Tenter une réintroduction en forêt serait coûteux. Pour préserver l’espèce, il faut d’abord maintenir son habitat, donc sensibiliser les propriétaires forestiers et les gestionnaires à l’importance de conserver des arbres à cavités. Sans compter l’aspect patrimonial des vieux arbres ! » Mais pour l’heure, les forestiers bretons focalisent leur attention sur un autre coléoptère beaucoup moins sympathique, le dendroctone de l’épicéa, qui, lui, provoque la mort des arbres qu’il colonise et envahit la région. Des chercheurs sont déjà à pied d’œuvre pour savoir comment limiter les dégâts.

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CÉLINE DUGUEY

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