Le prix d’une mer en bon état ?

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novembre 2011
Créer des parcs marins comme clui de la mer d'Iroise est l'une des solutions pour conserver des eaux en bon état.
© YANNIS TURPIN - AGENCE DES AIRES MARINES PROTÉGÉES

Des chercheurs brestois évaluent le coût de la dégradation du milieu marin. Une estimation complexe.

Combien pour ce sac plastique qui flotte sur les vagues ? Et cette nappe de pétrole, au large, a-t-elle un prix ? Apposer une valeur à un bien universel, que nul ne peut acheter, c’est la mission confiée aux économistes du laboratoire Amure de l’Ifremer et de l’université à Brest.

Par l’intermédiaire de l’Agence des aires marines protégées (AAMP), ils ont été sollicités par le ministère de l’Écologie pour évaluer le coût de la dégradation du milieu marin, dans le cadre d’une directive européenne qui vise un bon état des eaux marines pour 2020. « Il nous a fallu considérer l’ensemble des activités bénéficiant de ce bon état ou ayant un impact sur le milieu, explique Mahé Charles, de l’AAMP. Des plus évidentes : la pêche, la plaisance ou le tourisme, à l’agriculture. Prendre en compte autant de paramètres, cela a demandé la mise en place d’une nouvelle méthodologie. »

Déchets et marées noires

Après avoir dressé un premier bilan économique, national et régional, de chaque usage, pour savoir comment se portait telle activité, et fait le tour des réglementations environnementales existantes, il a fallu estimer ce qui semble inestimable. À partir des données existantes, dans tous les secteurs, « Nous avons retenu onze thématiques de dégradation, précise Olivier Guyader, directeur adjoint du laboratoire Amure. On y trouve la perte de biodiversité, les déchets, la présence d’espèces invasives ou encore les marées noires et la dégradation des ressources biologiques... » Les coûts sont eux aussi répartis en plusieurs types. Quatre précisément. Il y a d’abord les coûts de suivi, imputables à la surveillance des diverses activités et du milieu. « Cela concerne autant les analyses bactériologiques que les dépenses des administrations ou des ONG. » Vient ensuite le coût des actions positives : la création d’aires marines protégées ou les contrats de bassins versants pour limiter les rejets d’azote en agriculture, « avec la prise en compte croissante de problèmes environnementaux et la mise en place des mesures de cette directive, ces deux premières catégories devraient augmenter ces prochaines années. »

Chiffrer le manque à gagner

Dans le meilleur des mondes, d’autres coûts devraient, eux, diminuer. Le coût d’atténuation des impacts, lorsqu’il est trop tard et que les milieux sont dégradés. Ramasser les algues vertes échouées, par exemple. Et le dernier, le plus complexe : le coût des impacts dit “résiduels”. « C’est le coût qui nous sépare du bon état du milieu. Il concerne entre autres le manque à gagner d’un secteur malgré les mesures prises. C’est très rarement chiffré car nous manquons de données pour connaître les impacts exacts d’une dégradation. » Une première version de cette analyse économique et sociale a été rendue au ministère en septembre dernier et suit actuellement une phase de concertation au niveau régional. Enrichie de bilans sur l’état écologique et les pressions anthropiques, elle devra aider toutes les parties prenantes à s’orienter vers les bonnes solutions.

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Céline Duguey

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