Plantes : le grand retour à l'île Maurice

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décembre 2011
Sauvées au Conservatoire botanique de Brest, 30 espèces de plantes vont retrouver leur île.

Sur l’île Maurice, trente espèces de plantes disparues vont être réintroduites par les botanistes brestois.

C’est l’aboutissement d’une histoire née il y a plus de trente ans. Le 11 décembre prochain, un avion va partir en direction de l’île Maurice avec, à son bord, deux experts du Conservatoire botanique national de Brest (CBNB), et dans ses soutes, des plants et des graines de sept espèces végétales, en vue d’une réimplantation.
Tout a commencé en 1977, lorsque Jean-Yves Le Soueff, créateur du CBNB, entreprend sa première expédition à Maurice, pour mettre hors de danger des espèces menacées par l’expansion des champs de cannes à sucre et le développement mal contrôlé du tourisme.

« Il en ramène du matériel végétal de plusieurs espèces. Notamment des boutures d’un arbre, Dombeya mauritiana, dont il ne subsistait qu’un spécimen, mâle. » Or cette espèce a besoin d’un spécimen mâle et d’un autre femelle pour se reproduire. L’essor des biotechnologies dans les années 90 va sauver Dombeya. « Grâce à un traitement hormonal nous avons féminisé une fleur de l’arbre, qui a pu être pollinisée par une fleur mâle et donner de nouvelles graines des deux sexes ! » D’ici peu, l’arbre à l’avenir désormais pérenne retrouvera son sol natal.

Dans les soutes, les conteneurs thermo-régulés transporteront une autre espèce au destin incroyable. « Cylindrocline lorencei est un arbuste de la famille des pissenlits. Lui aussi a été brièvement décrit avant de s’éteindre. Le matériel ramené par Jean-Yves Le Soueff a été largement diffusé dans des jardins botaniques d’Europe, mais c’est une plante fragile, et tous les spécimens sont morts. » Dans les frigos du conservatoire brestois, quelques graines attendent alors de connaître leur sort. « Elles ne pouvaient plus germer. Mais un test colorimétrique de viabilité a révélé qu’il subsistait quelques petits amas cellulaires encore bien vivants. » Ces dernières cellules ont été cultivées in vitro, et ont permis le développement de nouveaux embryons, puis de plantules. « Nous avons travaillé avec le centre Végénov pour sa multiplication et nous avons pu reconstituer un stock important. » Le public peut même les admirer dans les serres du conservatoire.

« Nous avons toujours conservé l’espoir de leur retour sur l’île Maurice. Aujourd’hui c’est possible car la préservation de l’environnement est désormais au cœur des préoccupations. Les plants vont être accueillis dans des pépinières adaptées. Et beaucoup d’efforts sont faits pour la réhabilitation de leurs habitats. » Le CBNB a également pu bénéficier du soutien financier du groupe Lafarge. D’ici un an, trente espèces devraient retrouver leur terre natale. L’île Maurice pourra à nouveau se parer de ses plus belles plantes.

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