Des perles au naturel

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février 2012
© Ifremer - Y Gueguen
Pour approcher la perle parfaite, les chercheurs misent sur des matériaux innovants et naturels.

Biotechnologies marines Des chercheurs de Brest travaillent sur un nouveau matériau pour faciliter la production de perles par les huîtres.

Trouver une perle n’est plus si rare ! Depuis le milieu du 20e siècle, la perliculture s’est bien implantée, notamment en Polynésie française, devenue l’un des plus gros producteurs mondiaux. Mais l’activité est délicate car elle nécessite d’introduire, dans l’huître vivante, une petite bille - le nucléus - autour de laquelle la nacre va pouvoir se déposer. Et cette opération engendre de nombreux rejets, souvent dus aux infections bactériennes. À Brest, en Polynésie et à Montpellier, des chercheurs de l’Ifremer enrobent les nucléi grâce à des molécules naturelles, pour éviter ces rejets sans avoir recours aux antibiotiques, aujourd’hui interdits en aquaculture !

Des perles en sucre

 « À Brest, nous travaillons sur des matériaux innovants, explique Christelle Simon-Colin, biochimiste au laboratoire de biotechnologies marines, des polymères produits naturellement par des bactéries, dont nous avons déjà démontré qu’ils sont totalement biocompatibles. Après une première phase de tests, nous avons pu sélectionner ceux qui étaient également non toxiques pour les huîtres. Nous travaillons actuellement sur deux polyesters - des plastiques naturels - et deux sucres complexes, des polysaccharides.
Et nous avons montré en laboratoire que ces derniers avaient un effet bénéfique sur la
greffe ! »

Plus lisse, plus ronde

Une fois enrobée de cette matière, la petite bille de nacre introduite dans l’huître devrait limiter les réactions inflammatoires. Et pour éviter les infections, les chercheurs ont associé aux enrobages des molécules étudiées à Montpellier, comme un peptide antimicrobien naturel, qui agit spécifiquement contre les bactéries. La combinaison devrait détrôner les antibiotiques sans trop d’obstacles. Et ce n’est pas son seul atout ! « Les polymères ont un effet filmant : ils augmentent la qualité de la surface du nucléus. » Or, plus ce dernier est lisse, plus belle et ronde devrait être la concrétion finale. Perle sur le gâteau : les chercheurs ont découvert que les polysaccharides sélectionnés pourraient aussi faciliter le dépôt de la nacre. « Ils agissent comme des pièges à ions. Et la nacre est essentiellement composée d’ions calcium ! »

Du local pour l’économie

« Nous avons lancé deux campagnes de greffe en 2011. Des nucléi ont été enrobés en Polynésie avec nos molécules envoyées sous forme lyophilisée. Il faut attendre quinze mois pour obtenir la perle ! Nous aurons les résultats de la première campagne en juin prochain. Mais nous avons déjà pu constater un faible taux de rejet, c’est une bonne piste. » Les travaux ont d’ailleurs déjà été récompensés par l’Ifremer, en décembre dernier, par le trophée de l’innovation scientifique, technique et technologique. Pour les protéger, deux brevets ont d’ores et déjà été déposés, en association avec le service de la perliculture, à Tahiti, qui finance une partie des recherches. Car l’enjeu est aussi économique. « La Polynésie doit faire face à la concurrence d’Hawaï et du Japon. Et pour l’instant, les producteurs sont obligés d’importer leurs nucléi. Le projet devrait permettre de créer un nucléus polynésien, fabriqué localement et à moindre coût, car cette contrainte a été prise en compte lors de la sélection des polymères ! » Cette innovation permettra peut-être d’endiguer les fermetures d’exploitations dans l’archipel.

Céline Duguey
 

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