Internet doit s’adapter au monde de la télé

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février 2012
© Céline Duguey
Une tablette en complément de la télécommande ? C'est l'une des pistes testées par Technicolor.

Pour être adoptées par les téléspectateurs, les innovations venues d’Internet devront être pensées pour la télé.

L’un des écueils du service de télé connectée de Google, qui peine à démarrer, c’est de n’avoir pas pris en compte que les gens ne se comportent pas de la même façon devant leur télévision et devant un ordinateur. Sur ce point, tous ceux ou presque qui travaillent sur la télévision de demain sont d’accord. Il est inutile de faire arriver tout l’Internet sur une télévision, si des outils spécifiques ne sont pas développés pour en profiter.

S’adapter à la télévision

Chez Technicolor, Thierry Filoche travaille sur une télévision personnalisée partout et à tout moment(1), dans le cadre du projet européen Quaero. « L’objectif, comme son nom l’indique, est de personnaliser la télévision qui arrive via les box des particuliers, en y ajoutant des fonctionnalités venues d’Internet. » Se voir recommander un film en VOD en fonction de ceux que l’on a déjà regardés, partager son avis via ses réseaux sociaux - Twitter, Facebook - ou afficher tous les tweets en lien avec l’émission. Mais surtout, les ingénieurs s’attachent à adapter ces fonctions nouvelles à l’univers de la télévision. « Par exemple, on peut “aimer” sur Facebook, en appuyant une ou deux fois sur sa télécommande. Des messages prérédigés sont également disponibles. Car le spectateur ne va pas s’amuser à taper quatre lignes en déplaçant un curseur sur un clavier virtuel simplement avec les flèches de sa télécommande. » Devant sa télévision, le spectateur est un peu fainéant...
S’il est d’humeur prolixe, l’utilisateur peut toujours prendre sa tablette, qui se connecte directement au système et s’en servir comme clavier. « Nous avons étudié la possibilité de faire interagir différents objets. La tablette ou le smartphone peuvent servir de télécommande. Mais ils vont surtout afficher du contenu complémentaire, comme la biographie d’un acteur présent dans le film qui passe. L’utilisateur n’ira jamais fouiller dans sa télé pour y afficher ce type d’information. Par contre, actuellement, il prend son ordinateur portable sur ses genoux, va chercher l’info sur son moteur de recherche. Avec l’utilisation de la télé connectée, la démarche est simplifiée, elle peut rapatrier automatiquement l’information relative au programme. » Pour que ça fonctionne, des chercheurs de l’Institut Télécom de Paris se penchent de près sur l’adéquation entre l’objet et l’interface graphique.

Fainéant et passif

Le fonctionnement doit être simple, intuitif, adapté. Ce qui nécessite de nombreuses heures de tests, car l’intuition peut-être trompeuse. « Au départ, nous voulions pouvoir contrôler la télévision en “main libre” comme la console vidéo Kinect, ajoute Pieter Van Der Linden, responsable des programmes de recherche chez Technicolor. Après quelques tests, nous avons remarqué que la technologie était bonne mais qu’elle nécessitait des gestes trop amples. Nous avons donc lancé des recherches pour développer d’autres modèles d’interactions, encore plus intuitifs ! » Fainéant et un peu passif, donc, le spectateur.

Des résultats positifs

Partenaire du projet, le cabinet d’expertise Bertin Technologies est chargé de tester les trouvailles des ingénieurs sur des panels de gens en situation, pour mesurer leur adhésion aux innovations. « Nous avons fait la première étude en décembre, précise Thierry Filoche. Nous n’avons pas encore dépouillé tous les résultats, mais dans l’ensemble le retour semble plutôt positif. » Recommandation, partage, contenus complémentaires et multiplication des appareils, pour l’instant, les chercheurs sont sur tous les fronts. « Nous ne savons par encore s’il y en a un qui prévaut. » Il faut aussi que le modèle économique qui va lancer l’innovation se mette en place. « D’ici environ trois ans, cela devrait arriver chez les particuliers. » Préparons-nous !
 

Retrouver le chemin des archives

Le volume de données générées par la télévision depuis toutes ces années est colossal. Les chaînes de télé ont là à leur disposition un trésor pour imaginer de nouveaux contenus et assouvir la boulimie de vidéos des internautes. Encore faut-il pouvoir retrouver facilement l’extrait incontournable.
Lancer une recherche dans un grand volume de données, c’est le créneau de Patrick Gros, responsable de l’équipe Texmex à l’Inria de Rennes. « Nous travaillons, par exemple, avec l’Ina qui rend ses archives accessibles sur Internet. Nous les aidons à inventer les nouveaux chemins pour les présenter, précise-t-il. Actuellement toutes les recherches se basent sur des annotations faites à la main, ce qui est coûteux voire inaccessible pour la plupart des producteurs. » Les chercheurs de l’équipe Texmex mettent au point des algorithmes, des nouvelles méthodes d’analyse de l’information... autant de briques qui s’intègrent ensuite de façon “invisible” dans les moteurs de recherche. Ces travaux très en amont s’inscrivent dans un vaste programme franco-allemand : Quaero(2) (“je cherche” en latin), piloté en France par Technicolor et qui court jusqu’en avril 2013.
 

NATHALIE BLANC
Renseignements : 
Patrick Gros Tél. 02 99 84 74 28 patrick.gros@inria.fr

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Céline Duguey

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