Une déforestation... il y a 3 000 ans

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mars 2012
La culture du millet est arrivée il y a 3 000 ans dans le bassin versant du fleuve Congo.
© BOUREIMA HAMA - AFP

Une étude sur le bassin versant du fleuve Congo révèle l’impact de l’agriculture sur la déforestation et l’érosion des sols pendant l’âge du fer.

L’homme a-t-il modifié son environnement bien avant l’ère industrielle ? C’est ce qu’envisage une étude parue le 9 février dernier(1). Des chercheurs de l’Ifremer, à Brest, ont en effet mis en évidence des liens entre l’arrivée, il y a 3000 ans, de l’agriculture dans le bassin versant du fleuve Congo, en Afrique centrale, et une forte accentuation de l’érosion des sols.

« Nous avons mené nos investigations sur une carotte prélevée à l’embouchure du fleuve en 1998, lors d’une précédente campagne océanographique, explique Germain Bayon, géochimiste et principal auteur de la publication. Tous ces échantillons sont conservés dans de bonnes conditions, sans fluctuation de température, dans une lithothèque à l’Ifremer donc nous pouvions travailler dessus sans problèmes. » Le premier objectif de ces travaux, initiés il y a plusieurs années, était de tester de nouveaux traceurs que l’équipe avait mis au point peu de temps auparavant, pour évaluer les variations de l’érosion chimique des sols dans le passé. Et le bassin du Congo, l’un des plus grands au monde, est un eldorado pour les chercheurs.

Un résultat inexplicable

« Des études sur le paléoclimat avait déjà été menées dans cette zone. Nous connaissions donc les conditions de températures et de précipitations ayant régné dans le bassin versant au cours des derniers milliers d’années. Or ce sont les principaux facteurs d’influence de l’érosion chimique. Les courbes d’érosion que nous avons obtenues sur les 40000 dernières années suivaient les fluctuations climatiques, en particulier celles des précipitations : plus le climat avait été humide par le passé, plus l’altération des roches avait été intense. Sauf pour le passé récent ! » Il y a 3000 ans, les traceurs révèlent une brusque accélération de l’érosion chimique. Un signal intense, qui ne correspond plus au climat, alors moins humide. « Le résultat nous intriguait mais nous ne pouvions pas l’expliquer. Ce n’est qu’en découvrant, à la lecture d’une autre étude, que cette période coïncidait avec l’arrivée des premiers agriculteurs, les Bantous, dans la région que nous avons pensé à établir un lien ! »

La forêt pour indice

Le géochimiste reprend alors son enquête et découvre, toujours sur la même période et dans la même région, les traces d’une déforestation massive. « Jusque-là, elle avait toujours été attribuée à l’assèchement du climat. » Si ce changement est avéré - il coïncide avec la désertification progressive du Sahara -, il n’explique peut-être pas tout. Surtout pas la forte érosion ! La clé était donc ailleurs. « Grâce à des études modernes, en analysant la composition chimique des eaux de rivières, par exemple, nous savons que la modification des sols par l’homme, la déforestation, par exemple, a un impact direct sur ce degré d’érosion chimique. »

L’homme laisse sa trace

Une fois rassemblés tous ces indices, la conclusion s’impose : l’arrivée de l’agriculture en Afrique centrale a laissé sa trace sur l’utilisation des sols puis dans les sédiments. « Nous ne pouvons pas mesurer la part de l’activité humaine ou du changement de climat sur la déforestation, mais ce résultat est déjà une première ! » Il y a une dizaine d’années, un paléoclimatologue américain, Bill Ruddiman, avait déjà émis cette hypothèse, mais en l’absence de preuve, n’avait pas pu convaincre ses détracteurs. Ces nouvelles données y parviendront peut-être !

 

Céline Duguey

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