À la page, le posthumain

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mars 2012
© PHOTONONSTOP
Créé en 1818, Frankenstein a rapidement été porté à l'écran. Ici, par Boris Karloff dans le film de James Whale en 1931.

Déplacées par les sciences, les limites de l’humain sont interrogées dans les arts, dont la littérature d’après-guerre.

L’humain dont les capacités physiques ou intellectuelles sont améliorées par un apport non naturel s’apparente au “posthumain”. Un terme utilisé, notamment, par les chercheurs du Centre d’études interdisciplinaire du monde anglophone (Ceima) à Brest. Un terme assez peu engageant qui reflète précisément nos craintes voire nos angoisses face à l’amélioration de l’homme par la technologie.
« Les possibilités ouvertes par la science de modifier l’humain posent des questions sur la notion même d’humain et sur le cadre, les limites dans lesquelles il s’inscrit », souligne Hélène Machinal, professeur des universités, spécialiste de littérature britannique contemporaine. Une interrogation assez naturelle, relayée par la philosophie et les arts dont la littérature.

Frankenstein déjà

« Ce n’est pas du tout nouveau. La question des frontières de l’humain se pose depuis que l’humain existe », affirme Hélène Machinal. Toutes les périodes de crise épistémologique se reflètent dans les arts que ce soit la période des Lumières ou celle de la révolution darwinienne. Et de rappeler que Frankenstein, créé en 1818 par l’auteur Mary Shelley, était déjà « un personnage artificiel composé de matière organique. »

Ce qui est nouveau, c’est que depuis trois ou quatre ans, ce n’est plus la littérature dédiée, la science-fiction en particulier, qui relaye nos inquiétudes et nos fantasmes, c’est toute la littérature. « Les auteurs majeurs de la littérature contemporaine interrogent la notion de posthumain, à l’exemple de Kazuo Ishiguro dans Never Let Me Go (Souviens-toi de moi) ou David Mitchell dans Cloud Atlas (Cartographie des nuages) ou Ghostwritten (Écrits fantômes) », précise Hélène Machinal.

« C’est parce que c’est possible »

La question se pose alors de savoir si ce sont les sciences qui inspirent, directement, les arts ou si les arts relayent les interrogations de la société face aux avancées scientifiques ? « Ce qui est certain, c’est que le point de départ ce sont les sciences. C’est parce qu’elles rendent des choses possibles que les arts s’y intéressent », répond Hélène Machinal. Ainsi, « avec le clonage est apparue la possibilité de réplication de l’humain. Souviens-toi de moi est un roman saisissant de ce point de vue. Ensuite c’est la réalité virtuelle et le corps artificiel qui a inspiré Matrix, par exemple », illustre Hélène Machinal.

Si les limites de l’humain sont régulièrement interrogées à l’échelle de l’histoire de l’humanité, la réflexion sur le posthumain, au sens de l’humain amélioré, se situerait, selon Hélène Machinal après la Seconde Guerre mondiale qui a introduit la perspective d’une mort globale de l’humanité, et la révolution de l’informatique et des biotechnologies.

Rendez-vous à Brest

Cette réflexion est d’actualité à la Maison des sciences de l’homme de Bretagne, à Rennes. Un projet de trois ans, débuté en septembre 2011, vise à cerner la notion de “posthumanité”, au travers de plusieurs disciplines : philosophie, littérature, histoire des sciences, de la médecine. Pour se faire une idée de ce qu’est le posthumain, de comment il est abordé au travers des arts textuels et visuels, rendez-vous à la faculté Victor-Ségalen de Brest du 5 au 7 septembre. S’y tiendra un colloque international, alimenté par des spécialistes de la représentation de l’humain. Experts des biotechnologies, des sciences médicales et autres scientifiques iront-ils prêter l’oreille ?

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Michèle Le Goff

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