Quand la laitue de mer se déchaîne

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avril 2012
© CEVA

Pour les scientifiques, elle est plutôt Ulva armoricana sur les côtes de la Bretagne Nord et Ulva rotundata en Bretagne Sud.

 Mais pour tout le monde, c’est la laitue de mer. Ces macroalgues ont toujours été présentes dans la région. À l’origine, elles se développent de façon limitée sur des substrats durs, les rochers, où elles sont broutées par des herbivores sédentaires, comme les bigorneaux, les patelles... Quand il fait mauvais, elles sont arrachées des rochers et se retrouvent en suspension dans l’eau.

Elles échappent alors à leurs prédateurs qui ne peuvent vivre dans ce milieu. Si de l’azote s’y trouve en excès, sous forme de nitrates (NO3) ou d’ammonium (NH4) et que les autres paramètres nécessaires à leur développement (température, ensoleillement...) sont réunis, la surproduction démarre. Ce phénomène est aussi appelé eutrophisation (du grec eu : bien, trophê  : nourriture). Aujourd’hui, la production annuelle dans certains secteurs est telle, qu’une partie parvient à passer l’hiver et engendre, chaque printemps, un démarrage précoce des proliférations par reproduction végétative (clonage d’un même individu). Quand elles s’échouent durablement en haut des plages, sans être reprises par la marée descendante, les algues fermentent.

La particularité des deux espèces d’ulves bretonnes est que leurs cellules sont assemblées en feuillets qui, en séchant, se colmatent les uns aux autres et empêchent l’eau de s’écouler (une croûte se forme parfois à la surface du tas).

Dans ces conditions (milieu humide et privé d’oxygène), les algues produisent du sulfure d’hydrogène (H2S) concentré. Le gaz accumulé, s’il est libéré et inhalé, peut alors être mortel. Les ulves ne sont pas toxiques quand elles sont ramassées fraîches. C’est notamment ce qui se passe en Chine où, par ailleurs, les algues sont filamenteuses et ont moins tendance à pourrir.

Nathalie Blanc

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