Climat : l’urgence même en Bretagne

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mai 2012
Novembre 2011 : à cause du manque de pluie, le lac Drennec, près de Sizun (Finistère), atteint un de ses niveaux les plus bas... Une situation qui va devenir plus courante ?
© AFP PHOTO - FRED TANNEAU

Pour mieux s’adapter au changement climatique en cours, les scientifiques modélisent le climat futur à l’échelle locale.

Nous y sommes. Les courbes des températures moyennes, mesurées depuis le début du 20e siècle, commencent à monter doucement mais sûrement. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le fameux Giec, l’avait d’ailleurs affirmé dans son dernier rapport, publié en novembre 2007 : le changement climatique est bel et bien là. Même si la météo actuelle laisse à penser le contraire ! En Bretagne comme en France, Météo France a observé une augmentation de l’ordre de un degré sur un demi-siècle des moyennes de températures. Et si l’on s’est longtemps concentré sur le réchauffement, il faut bien aujourd’hui parler d’un véritable changement général, avec toutes ses conséquences sur les ressources en eau, la montée du niveau de la mer, la fonte des glaces, la variation des courants océaniques et atmosphériques. Et sur les activités qui en dépendent !

L’heure est à l’adaptation

Comme pour convaincre les plus sceptiques, la possibilité d’atténuer ce changement pour les prochaines décennies, encore envisagée dans ce rapport de 2007, n’est plus à l’ordre du jour. « Même si on arrêtait toutes les activités aujourd’hui, l’océan a emmagasiné suffisamment de chaleur pour rendre inévitable le réchauffement dans les prochaines années », assure David Goutx, en charge des études et développements à la direction interrégionale Ouest de Météo France, à Saint-Jacques-de-la-Lande. Et si les politiques d’atténuation ont encore leur rôle à jouer, pour diminuer les consommations d’énergies fossiles et les émissions de gaz à effet de serre, l’adaptation est devenue incontournable. Le prochain rapport du Giec, qui doit être publié en 2013 (lire encadré ci-dessous) devrait confirmer cette tendance.

Des trois scénarios retenus du précédent rapport, le plus optimiste (B1) a vite été abandonné. Le scénario médian (A1B) tablait sur une croissance rapide de la population compensée par un équilibre entre les énergies fossiles et les autres (nucléaire et renouvelables) et l’émergence de nouvelles technologies plus efficaces. Longtemps considéré comme le plus probable, il a servi de base à de nombreux projets de recherche mais est en passe d’être définitivement écarté. Et le plus pessimiste (A2) décrivait l’évolution de la situation sans véritable changement de comportement, avec une forte croissance démographique et le développement économique des pays émergents. C’est celui qui s’avère le plus probable aujourd’hui.

Changer d’échelle

Jusqu’ici, les modèles donnaient de grandes tendances, à l’échelle de la planète. « Mais pour les plans d’adaptation, nous aurons besoin de données plus locales. » Météo France a travaillé au changement d’échelle de son modèle Arpège pour alimenter un rapport remis à la Région Bretagne en avril, dans le cadre du Schéma régional climat air énergie (SRCAE - adopté par chaque région dans le sillage du Grenelle de l’environnement de 2007). « Arpège fonctionne à une échelle de 50km, explique Franck Baraer, qui a dirigé ce rapport. Pour avoir des données plus locales, nous utilisons la répartition actuelle du climat. Par exemple, nous savons qu’il pleut plus sur les monts d’Arrée qu’à Saint-Brieuc. Puis nous reportons les variations de températures et de précipitations envisagées par Arpège sur quelques points à l’ensemble du territoire, en respectant cette répartition. » Cela suppose qu’elle reste la même avec le changement climatique. « Pour chaque paramètre : pluie, température, insolation... nous obtenons des modélisations aux horizons 2030, 2050 et 2080, pour chacun des scénarios B1, A1B et A2. »

Plus de données, plus d’incertitudes

Pour le scénario médian et plus encore pour le A2, les températures grimpent : jusqu’à +2°C les après-midi d’été à l’horizon 2030 et +4°C d’ici 2080 ! « Les événements exceptionnels comme les canicules de 1976 ou 2003 devraient devenir courants en été. » Avec toutes les conséquences que cela implique au niveau économique, notamment pour le secteur de l’agriculture. Arpège prédit également une diminution drastique des précipitations. Mais sur ce point, les choses sont plus incertaines. Finalisé en décembre dernier, le projet Scampei, qui compare plusieurs modèles, met en avant la difficulté d’obtenir des projections locales. Cette nouvelle donne a déjà été intégrée dans des travaux sur l’avenir des forêts, réalisés par le Conservatoire national de la biodiversité forestière de Guémené-Penfao.

Le danger viendra de la mer

En attendant de connaître le sort qui lui sera réservé, la Bretagne se prépare depuis plusieurs années à faire face. Le rapport de Météo France ainsi qu’un second établi par le Conseil scientifique de l’environnement de Bretagne, commandés par le Conseil régional, serviront de lignes directrices pour les Plans climat énergie territoire, qui doivent prendre en compte, au niveau local, les orientations du SRCAE. La ville de Rennes avait déjà mis en place des mesures avant même d’adopter ce plan, obligatoire pour les agglomérations de plus de 50 000 habitants. Elles sont aujourd’hui 34 en Bretagne. Et les géographes du Costel étudient de près le cocktail changement climatique-urbanisation. Quant aux côtes, véritable signe distinctif de la région, elles sont aussi l’objet de beaucoup d’attention. Comme dans le Morbihan où chercheurs et acteurs imaginent ensemble de nouvelles façons de gérer ces milieux particuliers. « C’est sûrement de la mer que vient le principal danger en Bretagne, analyse Franck Baraer, si le niveau de la mer monte ne serait-ce que de quelques centimètres, une tempête comme celle que la région a connue le 15 octobre 1987 pourrait submerger certaines portions du littoral et faire beaucoup de dégâts, si elle se reproduit en période de grande marée. » Et même si aucun élément concret ne peut laisser penser que les événements exceptionnels, comme les tempêtes et les inondations, se multiplieront (leur fréquence n’a pas augmenté depuis le début du 20e siècle), mieux vaut se préparer, pour s’adapter aux changements qui nous attendent.

Le GIEC prépare son prochain rapport

En février, la communauté climatique française, qui réunit l’ensemble des scientifiques travaillant sur le sujet, a mis à disposition de la communauté internationale de nouvelles simulations du climat mondial passé et futur. Comme en 2007, ces simulations envisagent une augmentation des températures, entre +2° et +5° à l’horizon 2100 selon les politiques adoptées au niveau mondial.

Ces nouvelles données alimenteront, avec celles d’autres États, les réflexions du Giec, pour la rédaction de son nouveau rapport qui paraîtra en septembre 2013. Comme les précédents, il envisagera l’évolution des émissions de gaz à effet de serre en se basant notamment sur différentes hypothèses de gestion politique, et proposera différents scénarios, plus ou moins probables.

Renseignements : 
www.insu.cnrs.fr/environnement/climat-changement-climatique/changement-climatique-les-nouvelles-simulations-francaise

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Céline Duguey

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A) "Les courbes des

A) "Les courbes des températures moyennes, mesurées depuis le début du 20e
siècle, commencent à monter doucement mais sûrement"
C’est une affirmation péremptoire, mais inexacte. Voici la réalité de
cette évolution : Tglobale(moyenne) est montée de +0,7°C depuis 150 ans,
de manière non linéaire et jamais en phase avec le taux de CO2, sauf sur la
période 1980-1998 (ce qui n'implique pas une relation de causalité), et T
est stable depuis 1999, malgré une augmentation continue du taux de CO2,
dont la part anthropique est marginale. Donc, ce que le GIEC nous dit n'est
pas très crédible, car il "oublie" le plateau de T depuis 1999 et la
légère baisse de T en 2011.
Le rôle moteur supposé du CO2 sur T est toujours, je le rappelle, une
hypothèse arbitraire du GIEC, et donc tous les modèles, construits avec
cette hypothèse de base, n'ont pas de crédibilité. Si le CO2 avait le
rôle moteur que le GIEC lui prête, sa signature aurait dû être présente
en zone tropicale. Or elle n'a jamais été détectée, et, par conséquent,
le CO2 n'a pas le rôle que lui attribue le GIEC. Les modèles de Météo
France, qui reprennent les hypothèses du GIEC; et même s'ils sont plus
sophistiqués, n'ont pas plus de crédibilité, tant au niveau global que
sectoriel.

B) « Même si on arrêtait toutes les activités aujourd’hui, l’océan a
emmagasiné suffisamment de chaleur pour rendre inévitable le réchauffement
dans les prochaines années »
Je m'étonne que David Goutx nous sorte une telle contre-vérité. En effet,
les mesures des 3300 sondes océaniques ARGO ont montré un léger
refroidissement des océans depuis 2003. Par ailleurs, deux publications dans
des revues à comité de lecture (Pielke et Spencer) montrent que les océans
n'ont pas accumulé la chaleur prévue par les modèles numériques. Le GIEC
(mais pas Météo France, apparemment!...) qui le sait parfaitement
recherche désespérément la chaleur perdue, car il se refuse obstinément
à admettre que ses modèles sont faux.... Dans toute autre discipline
scientifique, quand un modèle est réfuté par les mesures et les
observations, on le reprend entièrement. En climatologie à la sauce
GIEC-Météo France, on garde les modèles et on accuse les mesures faites
d'être fausses.....

C) Météo France ne dispose d'aucun modèle cohérent pour les échanges
dynamiques d'air et d'énergie. Il utilise toujours le modèle tricellulaire
de Ferrel-Hadley, dont tout le monde sait qu'il est faux. Il refuse d'adopter
le modèle AMP (anticyclones mobiles polaires) du climatologue Marcel Leroux,
modèle qui a pourtant été validé par la campagne de mesures FASTEX de
Météo- France, mais non reconnu et non utilisé. Ce modèle AMP a
l'avantage d'être synoptique, dynamique, et non basé sur des statistiques
statiques qui masquent les éventuelles relations de causalité (ou leur
enchaînement). Donc Météo France connaît ce modèle, sait qu'il est
correct et novateur, mais se refuse à le reconnaître et à l'adopter. Allez
comprendre pourquoi!....

GES= n'est pas le souci

il faut savoir ce qui est réellement important. le CO2 en soi n'a jamais tué personne, seules les conséquences de son accumulation sont un problème. Et LE souci n'est pas de savoir si oui ou non l'augmentation du taux de GES est dûe à l'activité humaine ou pas, mais de savoir comment nous allons gérer les conséquences du réchauffement qui est là, que cela nous plaise ou non. Quand il y a le feu à la maison on ne se demande pas qui a allumé le foyer avant d'appeler les pompiers. Il est urgent de changer de mode de fonctionnement pour simplement ne pas empirer les choses à venir. Et que les variations soient minimes de façon globale sur l'ensemble de la planète ne change strictement rien aux effets locaux qui sont évidents pour qui ne veut pas se bander les yeux.
Evidemment quand on entend partout que "la planète est en danger" on a de quoi être perplexe : non, "la planète" n'est absolument pas en danger (quelle présomption ! la planète, rien que cela...) mais l'être humain oui, pour le coup, l'humanité va en prendre pour son grade.

Le climat et son évolution

Le climat et son évolution s'apprécient à partir des moyennes de paramètres météorologiques sur 30 ans comparées à des moyennes de référence (par exemple: 1961-1990), afin de ne pas confondre variabilité (météorologique) inter-annuelle du climat et tendance (climatique) de fond. Les objections formulées à partir de la "stabilité de température depuis 1999" et "la légère baisse de 2011" relèvent de cette confusion, très classique, entre climatologie et météorologie.

Les internautes peuvent consulter le site www.universcience.fr, où sont déposées régulièrement à la disposition du grand public des données scientifiques du changement climatique commentées par des experts en climatologie, pour relativiser les affirmations des uns et des autres.
Par exemple, ils pourront constater (http://www.universcience.fr/climobs/figure/constat_temperatures_temperat...) que l'augmentation de 0,75°C environ a commencé dans les années 1910, avec une stagnation dans la période de 1940 à 1970.
Ils pourront également constater (http://www.universcience.fr/climobs/files/constat_tempclassementAnnuel.gif) que la décennie 2001-2010 est la plus chaude connue depuis que des mesures de températures existent. Huit des années de cette décennie font partie des 10 années les plus chaudes depuis 1850.

Et bien sûr, ils pourront embrasser d'un coup d’œil (http://www.universcience.fr/climobs/files/Carte-du-rechauffement_1901-20...) l'hétérogénéité de la répartition géographique du réchauffement (qu'on apprécie souvent en moyenne globale, alors que chacun aimerait l'apprécier au niveau local pour ce qui le concerne).

Les connaissances sur le changement climatique sont agrégées au fur et à mesure de leur production, dans des modèles théoriques qui tentent d'expliquer le fonctionnement actuel, de reconstituer le fonctionnement passé, et de projeter des scénarios de fonctionnement futur du climat. Beaucoup de choses restent à comprendre, notamment lorsqu'on essaie d'explorer les phénomènes régionaux. On pense par exemple: aux interactions entre les différents types de formations nuageuses et leur albedo renvoyant une partie de l'énergie solaire vers l'espace, au rôle des hydrosystèmes continentaux et du cycle de l'eau, à l'interaction entre les oscillations océaniques et le climat et surtout, entre le climat futur et les futures oscillations océaniques.

Lorsqu'une nouvelle connaissance (telle que celle publiée par Pielke et Spencer) entre en contradiction avec les modèles théoriques en construction, cette contradiction est soigneusement étudiée: (1) soit il s'agit d'une connaissance imparfaite à laquelle on fait porter plus de potentiel contradictoire qu'elle ne devrait, (2) soit il s'agit d'une contradiction que les modèles théoriques peuvent assimiler en s'améliorant, (3) soit les modèles théoriques ne parviennent pas à intégrer cette connaissance et doivent être repensés.

Dans le cas des mesures ARGO, on se trouve plutôt dans le cas d'une connaissance imparfaite qui ne contredit pas les modèles théoriques en construction, car ces mesures ne concernent que la couche supérieure de l'océan, et qui suscite un questionnement scientifique qui, au final, fait progresser la connaissance (les internautes anglophones iront consulter le site suivant pour en apprendre plus: http://www.realclimate.org/index.php/archives/2011/10/global-warming-and...).
Cette dialectique entre un modèle théorique en construction, "sauvant les apparences" (i.e. digérant les faits connus) et les contradictions émergeant de nouveaux faits, est une manière classique de faire progresser la science. Des experts en climatologie tiennent à jour des sites Internet ( en français: http://www.rac-f.org/-Reponses-aux-sceptiques-.html ou en anglais: http://www.skepticalscience.com/) d'argumentation au sujet des connaissances apparemment contradictoires avec les modèles théoriques, qui ont fini par y trouver leur place.

Nous avons tous le droit de ne pas être des experts en climatologie, et personne ne peut prétendre tout savoir sur le climat, ni même tout savoir sur ce qu'on sait du climat aujourd'hui: des centaines de chercheurs travaillent d'arrache-pied pour améliorer nos connaissances, en toute humilité, et laissant toute sa place au doute vertueux. Ces connaissances sont publiées dans des revues scientifiques et sur des sites Internet grand public (comme le toutnouveau site Internet : http://www.drias-climat.fr/ où chacun peut combiner et visualiser les scénarios de changement climatique), en toute transparence. A nous de les questionner collectivement, en toute liberté (et le dossier Science Ouest, allié à ce site Internet de l'espace des sciences, en donne une belle occasion), sans nous laisser aller ni au climato-scepticisme ni au climato-prêche.

David GOUTX
Adjoint au directeur, en charge des études et développements
Météo-France, Direction Interrégionale Ouest 02.99.65.22.31

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