Est-ce la fin du ciré breton ?

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mai 2012
© Météo France

Plus de précipitations ou de sécheresse ? Les modèles ne sont pas encore d’accord sur l’avenir hydrique de la Bretagne.

Cette pointe qui s’étend dans l’océan, à l’extrémité ouest de l’Europe, est sans pareille. C’est la Bretagne, et son climat reflète sa position : balayée par les vents, elle reçoit aussi de front toutes les dépressions - et les pluies qui vont avec - qui arrivent par l’Atlantique. Dans les projections du climat futur, elle est à la frontière entre des climats plus secs au Sud, et plus humides, au Nord. « Si cette frontière virtuelle descend un peu, cela ne changera pas grand-chose pour la Bretagne, elle verra peut-être ses précipitations augmenter un peu en été. Mais si cette limite remonte vers le Nord, alors la Bretagne va se retrouver avec les mêmes précipitations que l’Aquitaine, voire jusqu’à 40 à 60% de moins qu’aujourd’hui aux alentours de 2080 ! »

Un scénario, deux résultats

C’est notamment ce qu’a montré le projet Scampei, qui s’est terminé en décembre dernier. Il a permis d’uniformiser les formats de restitution des trois grands modèles du climat en France, produits par le Centre national de recherche météorologique basé à Toulouse, l’Institut Pierre-Simon-Laplace de Paris et le Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement de Grenoble. « Les trois modèles ont pris les mêmes pas de temps : un futur proche fixé autour de 2030 et un futur lointain autour de 2080, une même échelle spatiale : 10km, et le même scénario du Giec : le A1B. » Tous ont été “testés” sur le climat passé, qu’ils reproduisent fidèlement.

Au final, tous s’accordent sur une augmentation des températures surtout l’été, dans le futur proche et encore plus dans le futur lointain. Mais côté précipitations, ils font le grand écart, suivant que les modèles génèrent un déplacement vers le sud ou vers le nord du couloir des dépressions. Cette différence malgré les précautions prises au départ vient du grand nombre de mécanismes physiques à prendre en compte pour obtenir des résultats locaux. « Il faut inclure plus de paramètres, explique David Goutx, l’hydrographie, la chaleur urbaine, l’influence de la couverture nuageuse ou encore, paramètre indispensable en Bretagne, l’influence fine de l’océan. Cet ajout de connaissances rend les modèles plus complexes ! »

Stratégie sans regret

Impossible pour l’instant de départager les deux projections. « Nous verrons la tendance en 2030, mais alors il sera trop tard pour réagir. C’est pour cette raison que nous devons penser une stratégie permettant de faire face aux deux scénarios et privilégier des options sans regret, qui permettent de s’adapter à l’un sans pour autant constituer un obstacle si c’est l’autre qui se réalise. »

Comprendre : le climat s’étudie sur le long terme

Pour observer l’évolution du climat, il est nécessaire d’avoir des données sur du long terme. Car les variations sont toujours calculées à partir de moyennes sur trente ans, représentatives des « normales » du climat. Cela permet de lisser les fluctuations annuelles, trompeuses. Les premières données utilisables par Météo France remontent à 1854, année de la création d’une météorologie nationale, organisée autour d’un réseau partenaire constitué de particuliers, d’instituteurs et d’exploitants agricoles - une dizaine par département - qui réalisent des mesures régulières, pour les précipitations essentiellement. Mais ces données sont fragiles. « Un changement de l’heure du relevé, la construction d’un bâtiment près du pluviomètre ou son déménagement de quelques kilomètres peuvent introduire des biais, car les différences de précipitations sont sensibles d’une zone à l’autre. Ces changements sont inévitables sur plusieurs décennies, et peuvent masquer la tendance liée au changement climatique. » Les ingénieurs de Météo France ont donc entamé un travail d’homogénéisation - déjà effectué sur les séries de températures - à l’aide d’un logiciel statistique qui les aide à détecter les anomalies. Ils reprennent ensuite l’histoire du poste de relevés pour en comprendre les raisons (voir si un déménagement a été mentionné, par exemple) puis corrigent la série. Comme pour les températures, ces séries nous permettront dès la fin de l’année de visualiser le changement en cours pour les précipitations, et éventuellement, d’adapter les décisions à mettre en œuvre.

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Céline Duguey

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