La Bretagne sera-t-elle bientôt à sec ?

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mai 2012
Cette projection du taux de remplissage des réserves hydriques à la fin de l'été, d'après le scénario A1B du Giec, a été présentée par Chloé Lamy lors du 24ème colloque de l'Association internationale de climatologie en septembre 2011.
© Chloé Lamy

Les travaux d’une doctorante en géographie mesurent l’impact du changement climatique sur les sécheresses bretonnes.

Cet hiver encore, les parapluies n’ont pas été souvent de sortie. Comme l’année dernière, et celle d’avant, les épisodes de pluie sont de plus en plus distants les uns des autres, et les sols ne se rechargent jamais totalement. « Le problème en Bretagne, c’est que nous n’avons pas de ressources extérieures pour compenser, explique Philippe Mérot, agronome à l’Inra et responsable du projet Climaster, nous n’avons pas les Alpes à côté de chez nous. La région est très dépendante des précipitations d’une année sur l’autre ». Si l’on en croit les modélisations de Météo France, la situation pourrait empirer avec les années.

Les plantes en indicateur

Chloé Lamy, doctorante en géographie au laboratoire LETG-Rennes Costel(1), consacre sa thèse au sujet. « J’utilise un indicateur de sécheresse agricole, le déficit d’évaporation. Il indique la sécheresse ressentie par les plantes, car il fait la différence entre la quantité d’eau dont elles ont besoin pour vivre - en fonction du vent, de la température, de l’insolation... - et ce à quoi elles ont véritablement accès. » Important en fin d’été, cet indice s’annule lorsque les sols se remplissent en hiver. « Au cours du 20e siècle, sur les quinze stations Météo France que j’ai considérées, il y a une faible tendance à l’augmentation, très variable d’un territoire à l’autre : le déficit, donc les sécheresses, ont plus augmenté à Belle-Île, par exemple, qu’à Brest. » Mais lorsque l’on parle au futur, le changement se précise. « En suivant le scénario A1B du Giec, une sécheresse comme celle de 1976, phénomène encore rare aujourd’hui, reviendrait beaucoup plus souvent : 40% d’occurrence entre 2021 et 2050 et jusqu’à 60% sur la période 2050-2080. » Dans la seconde moitié du 21e siècle, la majorité des sols bretons seront remplis à moins de 10% à la fin de l’été. Soit 20% de moins qu’aujourd’hui !

Inégalités dans les sols

Pour parvenir à cette analyse, la géographe a récupéré, pour chacun des paramètres (précipitations, ensoleillement...), les données journalières issues des modèles et a calculé des moyennes mensuelles. « Je superpose ces informations à une carte de la réserve utile des sols, fournie par le laboratoire Science du sol d’Agrocampus Ouest. Cela me permet de connaître la capacité à retenir l’eau d’un territoire - les sols du nord de la Bretagne sont beaucoup plus profonds que ceux des monts d’Arrée, par exemple - et son remplissage effectif. » Face à l’inégalité des territoires, la géographe a imaginé des outils d’aide à la décision. « En associant l’occupation du sol, obtenue par télédétection, à la réserve utile, il est possible de voir si la configuration actuelle des zones de culture est viable au cours du 21e siècle ou s’il faut réfléchir à des pistes d’adaptation. » Un autre levier d’adaptation se situera sûrement sur le choix des céréales, pour « aller vers des espèces plus précoces, qui ont besoin d’eau plus au printemps qu’en été, comme d’autres variétés de blé, ou bien du sorgho. » Des chercheurs de l’Inra s’intéressent déjà à ces nouvelles espèces. Mais les cultures pourraient jouer les résistantes, pour quelque temps du moins. Ainsi « l’augmentation du taux de CO2 dans l’atmosphère pourrait diminuer l’évapotranspiration des plantes, donc leur besoin en eau », précise Philippe Mérot. L’avenir de la galette de blé noir n’est pas écrit.

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Céline Duguey

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Les dérèglements climatiques

Les dérèglements climatiques ne s'arrêteront sans doute pas à la frontière de la Bretagne administrative telle que représentée sur votre carte.
La Bretagne partage un certain nombre de traits géographiques et climatiques avec les "régions" voisines. Face à de tels enjeux, celles-ci ont intérêt à mettre des moyens et des expertises en commun.
En bref, il serait souhaitable que votre iconographie soit sélectionnée de manière à ne pas suggérer que la Bretagne est une île isolée.
La Bretagne administrative à 4 départements est une notion administrative et uniquement administrative, mais ni géographique et encore moins climatique.

La raison pour laquelle les

La raison pour laquelle les cartes présentées ici ne montrent que la Bretagne administrative, est due à l'utilisation d'une carte des sols limitée à la Bretagne administrative. Les cartes des sols du territoire français sont gérées régionalement et je n'ai accès qu'aux 4 départements bretons.
Mes résultats purement climatiques couvrent une région encore plus étendue que la Bretagne historique, puisque ma zone d'étude va jusqu'en Normandie à l'est et en Vendée au sud. Par contre dès que je fais interagir les données climatiques avec les données du sol (occupation et taille de la réserve utile), je suis limitée à la Bretagne administrative.
Les résultats présentés ici ne révèlent qu'une petite partie de ma thèse. Mes travaux portent globalement sur le Nord Ouest français, même si je traite plus particulièrement de la Bretagne du fait d'un financement de mes travaux par la Région Bretagne.

LE DOSSIER