Deux Brestois en mission sur la banquise

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juin 2012
Alan Le Tressoler (à gauche) et Julien Cabon (à droite) ont passé trois semaines sur la banquise du pôle Nord.
© DR

<p>Les naufragés volontaires sur la banquise du pôle Nord sont rentrés à Brest après avoir réalisé une série de mesures pour six laboratoires scientifiques.</p>

Après trois semaines sur la banquise du Pôle Nord, Alan Le Tressoler et Julien Cabon suffoquent sous les 11°C de Brest. Leurs organismes fatigués doivent se réacclimater à la moiteur du Finistère, après avoir affronté des températures entre -20 et -40°C. « Nous avons encore des pertes de sensibilité. Je ne sens toujours pas mes orteils et Alan a perdu deux ongles », raconte Julien, en montrant ses mains abîmées. Les deux amis sont partis le 4 avril, sans assistance, avec 250kg de matériel scientifique répartis sur trois traîneaux. Leur objectif : recueillir des données sur le pôle Nord géographique pour six laboratoires français et un norvégien. Dans cette zone, la présence humaine est indispensable pour étudier la banquise. Les satellites sont incapables de calculer sa dérive ou son épaisseur, qui en 30 ans a fondu de moitié, de 1,50m. « Nous devions chaque jour creuser un trou de deux mètres sur deux dans la glace pour y plonger une sonde jusqu’à 120m et réaliser des prélèvements à différentes profondeurs », explique Alan Le Tressoler.

La biodiversité de la neige

Température, pression, conductivité, nitrates, oxygène, salinité, fluorescence et même radioactivité sont quelques-uns des paramètres mesurés. Ils vont servir certains programmes de recherche du CNRS, de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), d’Ifremer et d’Océanopolis. Catherine Larose, chercheuse au laboratoire Ampère du CNRS à Lyon(1), attend beaucoup des échantillons de microorganismes rapportés par les deux explorateurs. « Actuellement, les connaissances sur la biodiversité de la neige sont limitées à quelques études au mont Everest et au Svalbard en Norvège. Il n’existe aucune donnée sur le pôle Nord, dit-elle. La première étape va consister à recenser les différents micro-organismes présents pour les comparer à ceux d’autres milieux arctiques. Il faudra ensuite étudier leurs caractéristiques fonctionnelles. J’espère obtenir les premiers résultats d’ici à la fin de l’année. » Ce travail pourrait permettre de mieux comprendre le fonctionnement de la banquise : se comporte-t-elle comme un manteau neigeux ? La chimie des microorganismes et leurs éventuels échanges avec l’atmosphère peuvent-ils nous renseigner sur le réchauffement climatique ? « Le milieu arctique va beaucoup changer d’ici à quelques années, en raison de la fonte de la banquise et de l’augmentation du transport maritime dans cette zone. La microbiologie de la neige pourrait donner des indications sur les conséquences de ces bouleversements », espère Catherine Larose.

À la pêche au zooplancton

Armés de filets, Alan et Julien ont aussi pêché du zooplancton pour les universités du Svalbard et de Tromsø, en Norvège. « Les échantillons récoltés sont principalement de type Calanus ghyperboreus et Calanus glacialis, qui représentent jusqu’à 90% de la biomasse des mers arctiques, et constituent les espèces clés de la chaîne alimentaire marine de l’Arctique », explique Elin Austerheim, coordinatrice scientifique de l’expédition. Janne Soreide, chercheuse à l’université du Svalbard, va s’en servir pour étudier les interactions entre le réchauffement climatique, la fonte de la banquise, le zooplancton et le phytoplancton. Rentrés en France le 24 avril, les deux Brestois se disent déjà prêts à repartir, malgré le froid et les dangers. Comment expliquent-ils leur passion pour l’immensité polaire ? « C’est la puissance de la nature à l’état brut. Tout est extrême, y compris quand on s’en prend plein la figure. Il y a des gens attirés par les cocotiers, nous c’est par la glace. »

 

Raphaël Baldos

CONTAMINES PAR LE VIRUS DE L’ARCTIQUE

Alan Le Tressoler, 32 ans, est un ex-ingénieur logistique de l’Institut polaire français Paul-Émile-Victor. Rompu à la navigation dans les glaces de l’Arctique, il a coordonné de nombreuses expéditions scientifiques. L’hiver prochain, il embarquera plusieurs chercheurs sur son bateau pris dans les glaces au large du Groenland pour réaliser de longues campagnes de mesures.

Julien Cabon, 30 ans, est lieutenant de vaisseau et reporter à Cols Bleus, le magazine de la Marine nationale. Il a contracté “le virus de l’Arctique” en 2009, lorsqu’il est allé interviewer Alan, alors “l’homme le plus au nord du monde”. « Arrivé sur place, on m’a proposé de relever l’équipage du voilier polaire Vagabond. Par un concours de circonstances, je me suis retrouvé seul à bord pendant cinq semaines, avec pour seule compagnie trois chiens et les ours polaires !

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RAPHAËL BALDOS

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