Des espèces suivies au plus près

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juin 2012
Sur le bateau, en pleine mer, les scientifiques sélectionnent les organismes qu'ils étudieront à terre.
© Céline Houbin - Station biologique de Roscoff

Des scientifiques mesurent l’influence du changement climatique sur la répartition des espèces en Manche.

«En vingt ans, la température de la Manche a augmenté d’environ un degré Celsius en moyenne. » Un degré révélateur du changement climatique en cours, et qui semble déjà, à lui seul, perturber l’organisation de la vie sous-marine, surtout à faible ou moyenne profondeur. C’est pour mesurer l’ampleur de ces perturbations que douze scientifiques se sont relayés, du 2 au 16 mai dernier, à bord du navire Côtes de la Manche, dans le cadre du projet Benthoclim(1). « Notre objectif est de faire des prélèvements benthiques, explique Éric Thiébaut, écologiste à la Station biologique de Roscoff et responsable du projet, sur des sites déjà visités dans les années 50 par le Britannique Norman Holme, et au début des années 70 par le Roscovite Louis Cabioch, pour comparer les distributions de différentes espèces, en réponse à ces changements. »

Une zone de transition

À l’époque, les premières observations avaient mis en évidence le rôle primordial de la température dans la distribution des espèces en Manche. Véritable zone de transition biogéographique entre des eaux tempérées chaudes et froides, elle accueille de nombreuses espèces en limite de leur aire

de répartition. « D’autres facteurs, comme la nature des sédiments, peuvent également influencer cette répartition. Pour limiter les biais dans nos résultats et nous focaliser sur l’influence du changement de température, nous avons effectué tous nos prélèvements sur des fonds gravo-sableux, entre 60 et 110m de profondeur, mais toujours sur le plateau continental. »

Oursins, crustacés et mollusques

Soixante-douze stations - dont certaines n’avaient pas été visitées depuis 60 ans ! - ont été échantillonnées, entre le large d’Ouessant et la presqu’île du Cotentin, « à l’aide d’une drague, afin de suivre un protocole d’échantillonnage rigoureusement identique à celui des travaux antérieurs. » Une fois le sédiment remonté à bord - plus de quinze tonnes en tout -, les scientifiques ont trié les espèces, sélectionnant tous les organismes supérieurs à deux millimètres, pour obtenir la plus grande diversité possible. « Nous avons des échinodermes comme les oursins et les ophiures, beaucoup de crustacés et de mollusques, notamment des bivalves. » Conservés dans des solutions d’alcool, ces échantillons devraient être étudiés d’ici à la fin de l’année. « Nous nous attendons à voir des changements de distribution, peut-être de quelques dizaines à une centaine de kilomètres pour certaines espèces. » Une seconde campagne est prévue pour 2014, dans des fonds plus profonds, au large, entre la mer d’Iroise et Le Havre, pour compléter ces résultats. « Ensuite, nous pourrons aussi nous intéresser aux conséquences de ces déplacements sur le fonctionnement des écosystèmes. Et aux interactions avec les activités humaines, car certaines espèces, comme la praire, ont un fort intérêt commercial. » En espérant que le thermomètre ne s’affole pas d’ici là.

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Céline Duguey

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