Des sédiments très inconstants

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juin 2012
Illustration du phénomène de sédimentation dans un parc ostréicole en baie du Mont-Saint-Michel
© DR

Moins remarquables que les herbiers ou le maërl, les sédiments ne sont pas pour autant inertes au fond de l’océan.

Les sédiments ne sont pas voués à subir la gravité et à rester figés au fond de l’eau. Ils peuvent aussi être remis en suspension et transportés sous l’effet des courants. L’impact de la marée, des tempêtes, du débit d’un fleuve, la présence d’une digue ou d’une zone de pêche... et tout peut se remettre à bouger ! Et modifier la nature des fonds marins. Spécialisé en dynamique sédimentaire à Ifremer Brest, Romaric Verney essaie d’y voir plus clair et d’en comprendre les mécanismes. Son travail commence souvent sur le terrain par la mesure de la turbidité (qui caractérise le trouble de l’eau) et de l’altimétrie des fonds, qui traduit les alternances d’érosion et de dépôt des sédiments.

Des capteurs un an sous l’eau

« L’altimétrie est mesurée grâce à des capteurs autonomes que nous posons au fond de l’eau et que nous laissons parfois jusqu’à un an, souligne le chercheur. Et la précision est millimétrique. » Ces premières mesures donnent une idée de la dynamique du site et permettent de calibrer les modèles hydrosédimentaires. L’environnement peut aussi être reproduit en laboratoire dans un canal où il est possible de faire varier différents paramètres comme la vitesse de l’écoulement... « Nous essayons d’améliorer le modèle en y intégrant des informations supplémentaires afin de nous rapprocher le plus possible de la réalité. Car les sédiments sont souvent constitués de mélanges de sable et de vase et sont parfois colonisés par la faune benthique. » Et leurs mouvements et déplacements peuvent avoir des conséquences sur les espèces qui y vivent ou sur les pratiques humaines dans la zone.

Sur les herbiers et sur les huîtres

Romaric Verney a, par exemple, encadré une thèse afin de mettre en évidence la relation entre la sédimentation et les herbiers dans le bassin d’Arcachon. Ces herbiers couvrent une très grande zone mais déclinent depuis une dizaine d’années. « Ce déclin a pour conséquence d’augmenter la remise en suspension des sédiments. L’eau est donc plus turbide, ce qui perturbe en retour le développement des herbiers ! » Les modèles permettent alors de tester différents scénarios, comme la disparition totale des herbiers.

Plus près de nous, en baie du Mont-Saint-Michel, il a été démontré que la présence des parcs à huîtres favorisait la sédimentation sous les tables et que celle-ci pouvait avoir des répercussions sur les pratiques ostréicoles… Les sédiments mettent décidément leur grain de sel partout !

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Nathalie Blanc

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