Les plantes font le trottoir

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septembre 2012
Synonyme de désordre ou de retour à la nature, l'acceptation des plantes au coin des rues est une question de perception.
© Céline Duguey

Après des années de guerre contre les mauvaises herbes, le maintien des plantes spontanées en ville n’a pas été facile.

Arrêter d’utiliser les produits phytosanitaires est une chose, en accepter les conséquences en est une autre. Peu après le lancement du projet “zéro phyto” (lire article p.14), en 2003, la ville de Rennes a donc lancé une étude sur la perception des plantes spontanées, partant du principe que le problème à résoudre n’était pas seulement de nature technique mais plutôt de l’ordre des représentations des espaces et de leur perception. Marie-Jo Menozzi, sociologue, était chargée de l’enquête.
« À l’époque, “zéro phyto” était à l’essai dans les quartiers de la Touche et de Bourg-l’Évêque », se souvient-elle. Elle interroge les habitants sur leur ressenti à partir de photographies de pieds d’arbres et d’espaces verts où des “mauvaises herbes” poussent. Beaucoup perçoivent l’endroit comme négligé et sale, ces herbes ne sont pas jugées être à leur place, même si certains apprécient le côté sauvage. Selon la sociologue, ces réactions s’expliquent par notre relation à la nature. « La nature est tout ce qui est spontané, sans intervention de l’homme », rappelle-t-elle. Trop de spontanéité dans l’espace peut entraîner la peur de perdre la maîtrise de son environnement ou, au contraire, plaire.

Une impression d’abandon

Devant ces zones d’apparence abandonnée, les habitants des quartiers concernés ont l’impression d’être délaissés par la ville. Résultat : au début la direction des jardins est submergée par des centaines de lettres de protestation !

Le changement n’est pas facile non plus pour les employés des espaces verts, dont certains ont l’impression de ne pas avoir fait leur travail quand ils repartent en laissant des plantes derrière eux. Autre frein, l’association des pesticides avec le progrès qui est une image largement véhiculée par les industriels du milieu. Les techniques alternatives, comme l’arrachage à la main sont alors vues comme une régression : « On ne va pas revenir à l’âge de pierre ! », auraient réagi certains passants.

La notion de propre évolue

Depuis, le message de la ville, porté à travers des réunions et des dépliants, semble avoir été entendu. C’est l’une des conclusions de l’étude débutée en 2008 par Jean-Michel Le Bot, sociologue à l’Université Rennes 2. Lors d’un projet de recherche sur les trames vertes urbaines, 96 promeneurs ont été interrogés dans les parcs des agglomérations de Rennes, Nantes et Angers. Des photographies de pieds d’arbres à l’aspect plus ou moins sauvage leur ont été présentées. La préférence est allée aux pieds jardinés ou avec des plantes spontanées. Seuls 19% des personnes interrogées ont préféré le pied avec un grillage, sans aucune flore. Un indice que les habitants s’habituent à la présence de plantes aux pieds des arbres : celle-ci est moins bien acceptée à Angers, où la diminution de l’emploi des produits phytosanitaires a été plus tardive. « Le désir de propreté est toujours présent, mais sa notion évolue, estime Jean-Michel Le Bot. Les “mauvaises herbes” ne sont plus considérées comme quelque chose de sale, tandis que la non-utilisation de pesticides devient synonyme de propre. » Aujourd’hui, la direction des jardins reçoit beaucoup moins de courriers au sujet des mauvaises herbes...

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Maryse Chabalier

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