Elle protège les oiseaux depuis un siècle

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octobre 2012
Les fous de Bassan sont des couples fidèles. Leurs parades nuptiales sont toujours un très beau spectacle.
© GILLES BENTZ

La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) fête son centenaire et celui de la réserve des Sept-Îles (Côtes-d’Armor).

Lorsque du bateau on aperçoit l’île Rouzic, la plus éloignée de la réserve des Sept-Îles, au large de Perros-Guirec, on est d’abord surpris par le dôme blanc recouvrant sa moitié nord. Ce n’est qu’en se rapprochant que l’on se rend compte qu’il est en fait constitué de milliers de fous de Bassan. 20321 couples ont été comptabilisés cette année.

Autant dire que l’endroit est bondé : les nids sont à 60 cm les uns des autres ! « La distance de deux cous, deux becs », précise Gilles Bentz, responsable de la station LPO de l’Île-Grande qui assure les commentaires à bord. Ces oiseaux marins, les plus grands d’Europe, survolent les bateaux remplis de touristes comme s’ils ne les remarquaient pas. Soudain, deux phoques gris pointent le bout de leur nez : l’archipel abrite l’une des deux colonies françaises de cette espèce, l’autre ayant élu domicile à l’extrême pointe de la Bretagne. Au détour des autres îles de la réserve, c’est le tour des goélands, huîtriers pie et cormorans huppés de se montrer. Quelques macareux moines se sont attardés en cette fin du mois de juillet, comme pour rappeler que c’est pour eux que la réserve des Sept-Îles a été créée, il y a juste cent ans.

Au secours du macareux

La chasse aux “perroquets de mer” de Perros-Guirec était à l’époque un loisir à la mode. Les massacres perpétrés par les chasseurs ont été dénoncés par un adhérent de la toute jeune Ligue française pour la protection des oiseaux, ancêtre de la LPO, créée le 26 janvier 1912. Pour protéger les macareux, l’association a alors loué les Sept-Îles, créant ainsi la première réserve de France.

Les débuts sont un succès : de 400 couples, la population de macareux monte à 7000 dans les années 1950. Dans le même temps, d’autres espèces font leur apparition : des goélands marins, bruns et argentés, des fous de Bassan, des cormorans huppés... Les Sept-Îles sont classées réserve naturelle nationale en 1976.

Mais les naufrages des pétroliers Torrey Canyon, Amoco Cadiz et Tanio, en 1967, 1978 et 1980, manquent d’exterminer les populations de macareux, pingouins et guillemots. La LPO ouvre donc son premier centre de soins en 1984 sur l’Île-Grande, à quelques kilomètres de là, pour s’occuper des oiseaux mazoutés. Elle crée aussi un musée et organise les visites commentées de la réserve en bateau, afin de sensibiliser le public à la protection des oiseaux marins.

Le pétrole et la surpêche

La LPO est toujours gestionnaire de l’archipel. Avec une quinzaine d’espèces qui y nichent, c’est la première réserve française d’oiseaux marins. Une vingtaine de personnes (bénévoles, salariées ou en service civique) s’y consacrent  pour commenter les visites, animer la station, s’occuper des pensionnaires du centre de soins, surveiller la réserve... L’ensemble des espèces présentes est suivi, en partenariat avec des spécialistes. La situation est loin d’être satisfaisante : après la chasse et les marées noires, c’est désormais la surpêche au large qui met en danger les macareux moines. « D’autres espèces souffrent aussi, même si elles sont encore abondantes au niveau européen. Mais il y a très peu de jeunes qui survivent, sachant qu’il n’y en a qu’un par couple chez plusieurs espèces », s’inquiète le responsable de la station.

Des bio-indicateurs

Les oiseaux ne sont pas la seule préoccupation de la LPO : « Pour nous, le milieu marin et les oiseaux sont indissociables ; s’il y a des oiseaux, c’est parce qu’il y a du monde dessous, rappelle Gilles Bentz, et d’ajouter : Les oiseaux sont des bio-indicateurs ; quand il arrive quelque chose, cela veut dire que ça va arriver à l’homme. » Cette approche se retrouve dans la nouvelle muséologie de la station, repensée à l’occasion du centenaire.

Un siècle après la création de la réserve, le nombre de macareux stagne à 175 couples dans l’archipel. La préservation de la faune des Sept-Îles reste un problème d’actualité...

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MARYSE CHABALIER

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