Vers un réseau plus autonome

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octobre 2012
Aujourd'hui, les anomalies détectées sur les réseaux sont traitées "à la main".
© THOMAS COEX / AFP
Des informaticiens imaginent des solutions pour améliorer la gestion des pannes. Et rendre le réseau plus autonome.

«Avez-vous vérifié que vos câbles sont bien branchés ? Essayez d’éteindre et de rallumer votre box ? » Si l’un de vos services Internet pose problème, la hotline passera en revue tous vos équipements. Et si la panne persiste, votre doléance sera transférée à un autre service. Quoiqu’un peu caricaturale, cette description illustre bien la gestion actuelle du réseau : secteur par secteur et service par service. Et les alarmes d’alerte envoyées par les équipements pour signaler une anomalie sont traitées “à la main”. Mais avec l’explosion des services et des équipements, nous allons bientôt atteindre la limite de ce qui peut se faire “à la main” justement.

Un réseau modèle

Il serait donc bon que le réseau apprenne à se débrouiller tout seul ! À l’Inria, des chercheurs remuent leurs méninges pour l’aider à gagner en autonomie afin qu’il puisse détecter d’où viennent les pannes. « On peut faire apprendre au logiciel de supervision une table de correspondance symptômes-pannes, explique Éric Fabre, directeur de recherche dans l’équipe Distribcom Inria à Rennes. Mais cela sera limité aux problèmes déjà rencontrés. Et surtout, il faut recommencer au moindre changement dans les systèmes de transmission. Dans le cadre du projet européen Univerself, nous travaillons sur une autre approche, poursuit le chercheur, basée sur la modélisation. »

Du sur-mesure

« On crée un modèle mathématique qui reproduit ce que l’on observe dans le réseau réel, lorsqu’il fonctionne bien. Il sert de support à une algorithmique de diagnostic capable de calculer à tout moment quelles sont les informations les plus représentatives de l’état du réseau. » Lorsqu’un dysfonctionnement est soupçonné, l’algorithme peut envoyer des requêtes ciblées vers les équipements, et comparer, en direct, si la réponse correspond à celle obtenue par la simulation du modèle, pour localiser la panne. Mais il est impossible de stocker en permanence un modèle complet d’un réseau aussi gargantuesque. Alors, l’algorithme questionne d’abord les équipements les plus centraux, puis « si l’information obtenue n’est pas assez précise, il recommence avec les équipements du niveau inférieur et, en parallèle, le modèle se raffine en temps réel. » Il s’ajoute autant de nœuds virtuels supplémentaires que de ressources réelles utilisées dans la zone problématique, pour isoler précisément les fauteurs de troubles. Un sur-mesure de la modélisation !

Anticiper et autoréparer

L’équipe fait bénéficier ce système de sa spécialité : les algorithmes répartis. « On peut ainsi utiliser des superviseurs locaux, chacun en charge d’une petite partie du réseau, et capables de travailler ensemble. » L’avantage, c’est que cela permettrait de surveiller le réseau de bout en bout. « On espère même pouvoir faire du prédictif, projette le chercheur, anticiper les conséquences sur les différents usages lorsqu’un composant fonctionne mal, par exemple. Et dans l’idéal, faire de l’autoréparation ! » À condition que les opérateurs acceptent cette petite perte de contrôle ! Des premières avancées sur l’autonomie du réseau, dans des situations plus restreintes, ont d’ores et déjà été brevetées par l’équipementier Alcatel-Lucent, avec qui l’équipe rennaise travaille. Mais la toile est encore loin de pouvoir se passer de l’homme !

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CÉLINE DUGUEY

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