À l’affût des gorilles du Congo

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novembre 2012
© Céline Genton - CNRS

Une biologiste suit des gorilles qui se relèvent d’une épidémie à virus Ebola.

Dans une clairière, le calme règne. Du haut d’un mirador, armée d’un appareil photo, d’un crayon et d’une longue-vue, une biologiste attend, patiemment, sans faire de bruit. Nous sommes au nord-ouest de la République du Congo, dans le parc national d’Odzala-Kokoua. Il abrite une forte densité de gorilles, espèce en voie d’extinction critique(1). Ce sont eux que Céline Genton est venue observer.

« L’une des populations, que nous suivons depuis 2001, a été touchée par une épidémie à virus Ebola en 2004, explique la jeune chercheuse, qui vient de soutenir sa thèse à la Station biologique de Paimpont(2). Ses effectifs sont passés de 377 à 38 individus. J’évalue ses capacités de récupération suite à ce crash démographique. » De la forme des arcades aux fossettes sur les narines en passant par les cicatrices et les teintes de pelage, tous les indices sont utiles pour identifier les individus qui passent par la clairière. « Je relève aussi la classe d’âge et le sexe », précise Céline Genton. Car les épidémies affectent directement la structure sociale et démographique des populations. « Normalement, on observe majoritairement des groupes reproducteurs, avec un mâle, plusieurs femelles et des jeunes. Comme le virus Ebola se transmet par contact, les groupes sont les plus touchés. La structure se déséquilibre en faveur des solitaires, souvent non matures. »

Entre 2008 et 2010, la population de la clairière de Lokoué comptait quarante individus. L’évolution est lente, car le gorille n’a qu’un petit tous les quatre ans. Mais, pour la première fois, la biologiste a pu observer la dynamique de récupération. « Les solitaires ont reformé de nouveaux groupes reproducteurs, avec des femelles venues de l’extérieur. Leurs jeunes sont en bas âge. Et les mâles adolescents sont partis à la recherche de nouvelles partenaires. » Ces résultats, récemment publiés(3), montrent l’importance de conserver un habitat non fragmenté pour favoriser ces échanges. Ils aident aussi à savoir si une population a été touchée ou non par l’épidémie. « Depuis 2005, nous suivons une autre population. En cinq ans, elle a perdu un tiers de son effectif. Mais nous pensons pouvoir dire aujourd’hui que ce n’est pas dû à Ebola, car sa structure sociale n’a pas changé. » D’ici à quelques mois, Céline Genton repartira à Odzala-Kokoua, en haut de son mirador, suivre au plus près le devenir des gorilles du parc.

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