Déchets potentiels vus du ciel !

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novembre 2012
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Ces cartes du Pays de Fougères comparent le potentiel énergétique de deux choix d'implantation d'unités de méthanisation. En haut, une seule grosse unité pourrait produire 7 596 tonnes équivalent pétrole (Tep) par an. En bas, trois unités plus petites réparties sur le territoire. À elles trois, elles pourraient atteindre les 9 848 Tep/an, car, bien que la ressource à disposition soit la même, elle est mieux exploitée.

La géolocalisation permet de trouver la meilleure place pour une unité de méthanisation, au plus près des déchets !

Du lisier à moins de dix kilomètres, des usines agroalimentaires dans un rayon de cinquante kilomètres et des routes qui mènent directement aux cantines des écoles. Voilà un site qui se verrait bien accueillir une unité de méthanisation !

L’inventaire des ressources

Avec ces ressources à disposition, elle pourrait fonctionner de façon optimale, pour une empreinte carbone légère. Le plus difficile, c’est de repérer ces sites. Alors Thierry Bioteau, géomaticien à Irstea, a employé les grands moyens : les systèmes d’information géographique (SIG). Ces outils d’analyse permettent d’agréger et de traiter des données en fonction de leur localisation. « Pour le projet Biodecol2 (lire ci-contre), mené sur le Pays de Fougères, nous avons d’abord travaillé sur un inventaire de toutes les sources potentielles de déchets du territoire. À partir de photos aériennes de l’IGN(1), il est possible de repérer et localiser les bâtiments d’élevage. En regardant en détail la structure des bâtiments - et avec des yeux entraînés -, nous avons même pu identifier le type d’élevage : bovins, porcins ou volailles. À partir d’images satellite infrarouges, nous avons également travaillé sur la végétation. » Un véritable travail de fourmi ! Jusqu’à savoir si un champ de maïs est cultivé pour de l’ensilage ou seulement pour ses grains, auquel cas le reste de la plante rejoint les déchets agricoles qui intéressent Thierry Bioteau.

Pas plus de 2 km pour du lisier

À raison de 300 km2 inventoriés par semaine, les chercheurs ont ainsi balayé les 1000 km2 de la zone du projet, en précisant pour chaque ressource la qualité - le potentiel méthanogène - et la quantité disponible. Sans oublier le facteur transport. « Nous avons décidé qu’il ne devait pas “coûter” plus de 2 % du potentiel énergétique du déchet. Cela donne un rayon de 2 km pour aller chercher du lisier et jusqu’à 50 km pour les déchets d’usines agroalimentaires ou les restes de restaurations collectives. »

Vers une méthode globale

Et pour traiter toutes ces données ? Thierry Bioteau s’est inspiré du marketing ! « J’ai utilisé un algorithme tenant compte du réseau routier et déjà connu pour déterminer le meilleur emplacement d’un fast-food, par exemple. » Sauf qu’ici, c’est une unité de méthanisation qu’il faut placer ! « Dans le Pays de Fougères nous avons pu comparer l’implantation d’une grosse unité ou de trois plus petites » (voir carte ci-dessus). La seconde solution gagne en matière de potentiel énergétique global.

« Nous avons aussi bâti d’autres outils, en collaboration avec des géographes(2), complète l’ingénieur. Notre ambition, c’est de construire une méthode globale pour l’implantation de scénarios de méthanisation en fonction du territoire, en prenant en compte un bilan environnemental plus complet, avec le problème de l’azote, par exemple. » Pour gérer les déchets le plus proprement possible !

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Céline Duguey

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