La carte bretonne de l’hydrogène

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décembre 2012
La HyKangoo, équipée d'une pile à hydrogène a été présentée à Paris, au dernier Mondial de l'automobile, par la société Symbio FCell.
© DR

Une première journée bretonne consacrée à l’hydrogène a montré le potentiel de cette filière dans le développement des énergies renouvelables.

D’un côté, la voiture électrique à batterie : huit heures de recharge, pour une autonomie de 100 à 150 km. De l’autre, le véhicule électrique à pile à combustible : trois minutes de recharge, pour une autonomie de 500 à 800 km. Malgré ses qualités indéniables, l’hydrogène reste encore méconnu par les acteurs politiques et économiques. En Bretagne, il existe plusieurs projets de recherche sur l’hydrogène mais ils sont encore loin des applications et sont menés sans réelle coordination : mise au point de “biopiles” à combustible par un laboratoire rennais(1), production d’hydrogène à partir d’algues à Brest(2) et par électrolyse au LimatB à Lorient(3).

L’hydrogène dans les tuyaux

Pour tenter de fédérer les actions et d’encourager le développement de la filière, le pôle de compétences régional ERH2-Bretagne(4), qui regroupe les acteurs industriels, institutionnels et scientifiques de la filière, a organisé la première journée bretonne “hydrogène énergie et véhicules électriques”, le 19 octobre, au Véhipôle de Ploufragan. Très utilisé dans l’industrie gazière (il existe plusieurs centaines de kilomètres de canalisations d’hydrogène entre le nord de la France, l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas), mais aussi pétrolière et agroalimentaire, l’hydrogène peut être produit à partir des énergies renouvelables, et constituer ainsi un moyen de stockage massif de l’électricité(5). « Nous avons imaginé trois plates-formes de stockage des énergies renouvelables : une en ville, pour des véhicules électriques à pile à combustible de transport collectif et de nettoyage urbain, une en zone rurale, pour des engins agricoles, et une troisième en mer, pour le stockage des énergies issues des éoliennes offshore et des hydroliennes », indique Bruno Mansuy, président de ERH2.

Avec l’éolien et l’hydrolien

Ce projet pourrait être précédé par la rédaction, en 2013, d’un livre blanc sur “les compétences nécessaires et disponibles pour l’émergence d’une filière hydrogène en Bretagne”, selon Dominique Ramard, vice-président énergie du Conseil régional de Bretagne. Ces conclusions seraient suivies d’une étude stratégique sur le sujet commandée par la Région. « Jean-Yves Le Drian s’était montré en janvier dernier intéressé par notre présentation d’une filière hydrogène charnière avec la filière des énergies marines », se souvient Bruno Mansuy. ERH2 devra maintenant convaincre son successeur Pierrick Massiot. Parmi ses arguments décisifs : une canalisation d’hydrogène coûte 1,2 million d’euros par kilomètre, contre 3,3 millions d’euros pour un câble électrique. Or, selon le Pacte électrique breton, les besoins énergétiques pourraient atteindre 25 TWh en 2025. À cette date, les parcs éoliens et hydroliens pourraient fournir les trois quarts de la production électrique. Selon ERH2, l’hydrogène serait alors une solution de transport et de stockage de l’énergie beaucoup plus adaptée que le réseau électrique. La Bretagne pourra-t-elle tirer son épingle du jeu ? Comme pour le solaire, l’éolien ou les énergies marines, la France dispose de très sérieux atouts pour développer cette filière. Mais sans volonté politique, l’hydrogène risque de rester stocké... au bord de la route !

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Raphaël Baldos

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