Une carrière taillée dans la glace

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décembre 2012
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Claire Le Calvez gère le bon fonctionnement de la station Concordia. Et passe la moitié de sa vie au Pôle Sud !

Sa silhouette fluette contraste avec sa voix affirmée. Claire Le Calvez est touche-à-tout et déterminée. Depuis maintenant huit ans, cet ingénieur de l’Institut polaire Paul-Émile-Victor est en charge de la maintenance technique de la station Concordia, base de recherche franco-italienne construite en Terre Adélie, à 1500 km seulement du pôle Sud.

À -80 °C, on ne sort plus !

Là-bas, la température avoisine les -35 °C pendant l’été austral, qui correspond à notre hiver. Elle peut descendre jusqu’à -80 °C entre avril et octobre. « Pendant ces périodes, on limite au maximum les sorties, rassure la jeune femme. Mais si les tuyaux sont gelés, il faut bien aller rétablir le circuit d’eau ! », ajoute sans détour celle qui avoue aimer mettre le nez dehors lorsqu’elle est en mission, même lorsque le thermomètre plonge dans les abysses centésimales !

Ne pas se poser de questions

Son premier hivernage à Concordia, elle l’a consacré à rendre la station habitable (lire Sciences Ouest n°219 - mars 2005). « C’était entre novembre 2004 et février 2006. Nous étions treize, majoritairement des techniciens : cuisinier, médecin, plombiers, électriciens... ce qui était exceptionnel ! » Pendant quinze mois, dans ce groupe vivant en complète autarcie, Claire Le Calvez a testé avec l’équipe technique le bon fonctionnement des groupes électrogènes, mis en place le système de chauffage par récupération de la chaleur produite par ces groupes, de production d’eau potable grâce à un fondoir, de traitement de l’eau, et a meublé les lieux. « C’était un rythme de travail très intense, je n’avais pas le temps de me poser de questions sur où j’étais et depuis combien de temps ! »

Du vélo à la pelleteuse

Aujourd’hui la station est passée de 1500 à 2500 m² et peut accueillir jusqu’à soixante-dix personnes pendant les campagnes d’été. La jeune femme y retourne justement à cette période. « Sur place, avec les techniciens, nous gérons les problèmes courants de fonctionnement : refaire des étanchéités, nettoyer les cuves, améliorer encore le confort intérieur : j’apprends à faire un peu de tout, s’enthousiasme-t-elle, décrivant ses sorties en vélo ou ses expéditions au volant d’engins de chantier. Comme plusieurs personnes là-bas, j’ai été formée comme pompier de la station. Je gère aussi les nouvelles constructions : en ce moment, on est en train d’ajouter deux laboratoires : un d’astronomie et un de glaciologie. On les équipe avec le matériel de base : paillasses, instruments, comme des laboratoires classiques ! »

Mais sa véritable urgence, sur cette terre consacrée à la recherche, c’est de répondre aux besoins des scientifiques. « Certains arrivent avec du matériel pas vraiment adapté aux conditions. Parce qu’en plus du froid, il faut anticiper l’altitude - la station culmine à 3200 m - et le très faible taux d’humidité de l’air. En début de mission, je vois avec eux comment répondre à leurs problèmes. Parfois il faut fabriquer un support qui tient sur la neige, ou un système qui permet de réchauffer un appareil pour qu’il fonctionne ! Mon but, c’est qu’à la fin de leur séjour, ils soient contents, qu’ils aient pu faire leur travail. » Une dévotion à la science qui frôle le sacerdoce...

Passer de la glace aux embruns

De retour à Brest, à des milliers de kilomètres du continent blanc, l’ingénieur garde la tête dans les glaces. « Ici, je peux planifier les opérations de maintenance, commander le matériel. J’essaye aussi d’anticiper les prochaines missions, de former les équipes scientifiques à venir. » Elle peut aussi prendre le temps de se réadapter aux embruns bretons. Maintenant qu’elle a ralenti sa course et ne part plus qu’un an sur deux dans le froid glacial de l’Antarctique, l’hiver breton lui semble étrangement un peu long !

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Céline Duguey

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