Vingt ans que le QG des pôles est à Brest !

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décembre 2012
© Robin Christofaru - cnrs ipev

Depuis vingt ans, l’Ipev organise les recherches scientifiques dans des zones extrêmes, du grand Nord au pôle Sud.

Les questions d’aujourd’hui sur le changement climatique et l’évolution de la biodiversité trouvent des réponses près des Pôles. Les scientifiques vont dans ces lieux extrêmes, du Grand Nord au pôle Sud, pour faire avancer nos connaissances sur les paléoclimats, la chimie de l’atmosphère ou encore la faune et la flore polaires. L’Institut polaire français Paul-Émile-Victor (Ipev) les accompagne. « Au-delà de fournir des moyens financiers et humains, nous apportons nos compétences logistiques et techniques pour mener à bien des projets scientifiques dans des conditions hostiles à l’homme », explique Yves Frenot, le directeur de l’Ipev.

La reconnaissance internationale

Vingt ans après sa création, l’Ipev est reconnu à l’international et fier de ses succès. « Nous sommes devenus le programme national français pour les recherches en Antarctique, et pour partie en Arctique. Nous soutenons plus de 80 programmes chaque année, contre 35 en 1992. Ce succès renforce le positionnement de la recherche polaire française : la France est le cinquième pays pour le nombre de publications scientifiques sur l’Antarctique, le premier pour les publications sur les îles subantarctiques. »

La France a récemment illustré son leadership en matière de logistique et technologie polaires. En décembre 2011, lors du raid scientifique de 3400 km en Antarctique (voir photo p. 12-13), les traîneaux ont démontré leur haute technologie. Ils sont restés stables sur des terrains très accidentés, avec parfois plus d’un mètre de dénivelé entre les patins ! « Ces traîneaux ont été conçus à l’Ipev, souligne Yves Frenot. Les conducteurs de raids sont épatants. Les mécaniciens effectuent tous types de réparations, en complète autonomie, dans des régions totalement inhospitalières. » Outre les régions polaires, le fond de l’océan est l’autre milieu où le savoir-faire de l’Ipev est unique. « Le Marion Dufresne, que nous utilisons pour les campagnes océanographiques, est le seul navire au monde à prélever des carottes de sédiments marins non déstructurés de grande longueur, jusqu’à 64 m. » (Lire p. 16 à 18).

Une longue histoire

Cette réussite est le fruit d’une longue histoire. L’Ipev s’appelait auparavant l’Institut français pour la recherche et la technologie polaires (IFRTP). “L’Institut polaire”, comme on l’appelle encore, a été rebaptisé Ipev en 2002. C’est plus facile à prononcer pour les chercheurs internationaux ! Ce nom s’appuie sur la renommée de l’explorateur Paul-Émile Victor, créateur des Expéditions polaires françaises (EPF) en 1947. C’est en 1992 que la fusion des EPF avec la mission de recherche des Terres australes et antarctiques françaises a donné naissance à l’IFRTP, sous la tutelle du ministère de la Recherche. Le gouvernement français décide, cette année-là, d’installer l’IFRTP en région.

« L’Institut polaire aurait pu aller à Caen ou à Marseille, se rappelle Gérard Jugie, l’ancien directeur de l’Ipev de 1997 à 2010. Je me suis battu, avec Louis Le Pensec et Pierre Maille(1), pour qu’il s’installe en Bretagne. » En 1992, Gérard Jugie est délégué régional du CNRS pour les régions Bretagne et Pays de la Loire. Le CNRS emploie alors 35 des 50 agents de l’institut et pilote l’implantation à Brest.

« Dans sa candidature, Caen a rappelé que la ville disposait d’une zone portuaire à proximité. Marseille a mis en avant ses équipements portuaires. Et une partie de la logistique des îles subantarctiques se faisait à Marseille. » C’est finalement la cité du Ponant qui accueillera l’Ipev, « grâce aux atouts de la Bretagne, avec une volonté politique conjointe de la Région, du Finistère et de la Communauté urbaine de Brest. La Bretagne a aujourd’hui la chance d’avoir un institut national de rayonnement international. »

Après Roger Gendrin, le premier directeur en 1992, Gérard Jugie prend les rênes de l’institut en 1997. « Nous l’avons développé, pour en faire une véritable entité publique, dotée d’une organisation et d’une gestion modernes. » L’ancien directeur est fier du Marion Dufresne. Il est à l’origine de la fusion de la station du Spitzberg avec celle des Allemands, pour créer l’Awipev en 2003. Et surtout, Gérard Jugie n’oublie pas « l’ouverture de la station Concordia en février 2005, au cœur du continent antarctique, et la réalisation du forage glaciaire profond, qui a permis de reconstituer le climat des 800000 dernières années. »

Ouvrir Concordia à l’Europe

Aujourd’hui, l’enjeu consiste à conforter ce positionnement. La base Dumont-d’Urville, située sur la côte en Antarctique, sera rénovée et mieux isolée. Les énergies renouvelables sont développées. « La première éolienne sera posée en janvier, explique Yves Frenot. Elle fournira 8 % de la consommation de la station. Après ce test, nous pourrions installer un parc éolien, pour suppléer les groupes électrogènes lors des pics. » Résistante à des vents de 200 km/h, l’éolienne a remplacé ses haubans, mortels pour les oiseaux, par des charges de quatre tonnes. Jamais utilisée en région polaire, elle n’aura pas d’impact sur l’environnement. Parmi les autres enjeux, L’Astrolabe, utilisé par l’Ipev en Antarctique, sera remplacé. Le Marion Dufresne, victime d’une avarie le 13 novembre dernier (lire p. 17), aura 20 ans en 2015 et doit, quant à lui, être rajeuni. Enfin, l’avenir de l’Ipev passe aussi par la station continentale antarctique Concordia. « Avec notre partenaire italien, nous souhaitons ouvrir Concordia à l’Europe pour créer, d’ici à dix ans, une véritable station européenne de recherche en Antarctique. »

De nouveaux empereurs sur le glacier !

Deux nouvelles colonies de manchots empereurs viennent d’être repérées en Antarctique, début novembre (voir photo ci-dessus). Elles ont été observées lors d’une rotation de L’Astrolabe, navire ravitailleur de l’Ipev, vers la base scientifique française Dumont-d’Urville. Le bateau est parvenu à se frayer un chemin aux abords du glacier de Mertz, à 250 km de la station française, permettant pour la première fois, avec le renfort d’un hélicoptère, à deux chercheurs de l’Institut Hubert-Curien de Strasbourg d’approcher ce site et de distinguer 6000 poussins répartis sur deux colonies, laissant deviner autant de couples reproducteurs. Une population avait déjà été remarquée, grâce à des suivis satellitaires notamment, mais la rupture en 2010 de la langue du glacier de Mertz, leur site de reproduction, avait laissé en suspens la question de son devenir. Il semble donc qu’elle se soit scindée pour trouver de nouveaux endroits propices. Avec les 2500 couples déjà recensés à Dumont-d’Urville, ce sont 8500 couples qui colonisent cette zone du continent blanc, face à la Tasmanie !

Céline Duguey
Renseignements : 
www.ipev.fr

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Nicolas Guillas

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