Les chercheurs aussi montent à bord

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janvier 2013
© Jacques Le Meur
D'après les chercheurs de l'Ifremer, les stocks de merlus se portent bien, mais la pression sur la langoustine est encore un peu forte.

À l’interface entre les pêcheurs et l’Europe, les chercheurs recueillent des données importantes sur la ressource.

Responsable des expertises halieutiques, à l’Ifremer(1) de Lorient, Alain Biseau travaille sur une zone englobant le nord et le nord-ouest de l’Europe, la Méditerranée et les Départements et Territoires d’outre-mer. « Je fais le lien entre les chercheurs de l’Ifremer, les professionnels et les administrations. » Il faut d’abord recueillir un maximum de statistiques, à partir de sources variées. « Nous collectons les données directes de la pêche et des informations sur la composition des captures et la structure des tailles recueillies par les observateurs qui embarquent sur les navires. Nous effectuons aussi des échantillonnages sous les criées. L’institut organise enfin des campagnes en mer pour mesurer les indices d’abondance des poissons. »

Mesurer les évolutions

L’analyse des informations permet de suivre l’évolution d’un stock et de mesurer son état par rapport à un point de référence. Pour être fiable, l’interprétation doit être effectuée sur une longue période. « L’idéal est d’analyser chaque stock tous les ans. Pour les espèces à durée de vie courte, comme l’anchois (trois ans), un point annuel est nécessaire. Pour celles à plus longue durée, un point tous les deux ans suffit. » La France adhère à une association de l’Atlantique Nord : le Conseil international pour l’exploration de la mer (Ciem). « Tous les pays adhérents apportent leurs données. Il est possible de rassembler toutes les informations relatives à une zone déterminée. Le conseil pourra alors émettre un avis. »

Le Ciem reçoit des commandes de l’Union européenne via le Conseil scientifique, technique et économique des pêches, qui est une subdivision de la direction des pêches de l’Europe, la DG Mare. « Ce conseil reçoit les avis, les entérine ou les modifie. Sur cette base, la DG Mare propose des mesures de gestion, par exemple les Totaux admissibles de capture (Tac) et quotas, aux ministres des pêches de l’Union. Ainsi, notre travail est à la source de décisions communautaires. »

Des constats rassurants

Les avis que donne aujourd’hui l’Ifremer sont rassurants. « Globalement, la situation s’améliore. La Commission européenne reconnaît que 47 % des stocks en nombre sont surexploités, contre 97 % en 2004. Par exemple, le cabillaud de la mer du Nord et de l’ouest de l’Écosse se porte mieux, et il a explosé en mer Celtique depuis deux ans. C’est le résultat à la fois d’un bon recrutement, c’est-à-dire de l’arrivée de jeunes poissons accessibles à l’exploitation, et des mesures de gestion. Sur cette zone, on avait réduit le total admissible de capture tout en fermant trois cantonnements pendant la saison des rassemblements. » Autre exemple, la langoustine : « Dans le golfe de Gascogne, la situation s’améliore mais la pression de pêche reste encore trop élevée. Le stock se trouve toujours en surexploitation. » Le stock de merlus, lui, est en très bon état. « Après un creux entre 1995 et 2005, cette espèce se trouve depuis trois ans dans un état proche de la surabondance ! »

Le rendement maximal durable

Alain Biseau défend aussi le concept de Rendement maximal durable (RMD). « Lors de la révision de la politique commune de 2002, l’Europe avait comme objectif le maintien d’une biomasse de précaution, pour éviter la catastrophe. On laissait alors les stocks baisser jusqu’au niveau strict de renouvellement. Aujourd’hui, on est plus exigeant. Pour atteindre le RMD, il faudra baisser la pression de pêche pour favoriser une reconstitution élevée des stocks. Alors, il sera possible de pêcher autant ou plus avec le même effort de pêche. » La sélectivité (lire article ci-contre) sera le principal moyen à mettre en œuvre. Cette politique devra aussi être étendue pour se conformer à la Directive-cadre stratégie pour le milieu marin, qui vise à favoriser un retour des mers à un bon état écologique.

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Jacques Le Meur

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