Un régime qui rapporte... du CO2

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mars 2013
© AFP-DAMIEN MEYER

Une monnaie CO2 a été créée en Bretagne pour inciter les éleveurs à adopter de bonnes pratiques.

Une vache, ça produit du lait, mais pas seulement ! Ses rots dégagent de fortes quantités de méthane, un gaz à effet de serre. Depuis plusieurs années, l’association Bleu Blanc Cœur (BBC), avec l’entreprise Valorex et des laboratoires de l’Inra(1), a montré que nourrir les troupeaux avec de l’herbe et des oléagineux locaux : lin, luzerne, colza... engendrait une réduction de ces émissions. Mais cela coûte un peu plus cher que le régime maïs-soja. Alors pour inciter les éleveurs à franchir le pas, l’association va lancer, le 2 avril, une nouvelle monnaie, qui permet à ces derniers de payer avec le méthane qu’ils évitent de rejeter.

De la graisse au méthane

L’aventure commence en 2012, lorsque les Nations unies valident une méthodologie, mise au point par BBC et brevetée avec Valorex et l’Inra, qui mesure directement dans le lait le volume de méthane émis par les bovins(2). « Nous avons montré que les productions de graisses saturées du lait et de gaz étaient corrélées. » Un coefficient suffit ensuite à convertir le méthane en tonnes équivalent CO2, l’étalon des gaz à effet de serre.

100 € la tonne de CO2

« Grâce à cela, la France nous a attribué 8635 tonnes équivalent CO2, issues du quota national d’émissions autorisées pour le pays par les accords de Kyoto. Ces tonnes correspondent à ce que les éleveurs ont “économisé” sur les derniers mois de 2012 en préférant le régime BBC pour leur troupeau. Nous leur redistribuons sous forme de bons d’achat, chaque tonne de CO2 correspond à 100 €, soit vingt fois plus que le cours mondial ! » Un tarif avantageux choisi sciemment, pour être réellement incitatif. « En parallèle, poursuit Pierre Weill, nous mettons en place un catalogue de fournisseurs qui acceptent ces bons d’achat. »

En acceptant cette monnaie “virtuelle”, les fournisseurs font bénéficier les éleveurs d’un prix avantageux. « Mais ils gagnent en retour une publicité auprès d’agriculteurs sensibles à l’environnement, ajoute Pierre Weill. Ainsi nous avons mis en contact une start-up lannionnaise spécialisée dans les éclairages à Led économes, avec des éleveurs qui pourraient les installer dans les bâtiments d’élevage ! » Une fois dépensée par l’éleveur, la tonne de CO2 revient dans l’escarcelle de l’association, qui peut la redistribuer, ou bien la vendre à une entreprise ou à une collectivité qui en a besoin pour son bilan carbone, et qui accepte de la payer 100 €.

« Avec l’argent récolté, nous pourrons faire de la communication auprès des consommateurs, afin de les sensibiliser et de transférer petit à petit le prix du CO2 des fournisseurs partenaires vers les produits. Il faut que ce soit le consommateur qui décide ! » Lui aussi pourra ouvrir son propre compte épargne CO2, qu’il pourra remplir de kilogrammes distribués par des éleveurs, ou bien gagnés grâce à ses efforts personnels - sur son chauffage, son mode de transport - et qu’il pourra convertir en bons de réduction.

Baisser le bilan national

Et si les éleveurs économisent de plus en plus de CO2, le prix de la tonne pourra diminuer, donc se rapprocher du prix du marché et coûter moins au consommateur.

« Il faut réussir à rentrer dans ce cercle vertueux », conclut Pierre Weill. L’initiative a été mise en avant lors du Salon de l’agriculture, où l’association a signé avec le ministère de l’Agriculture les premiers accords collectifs, qui visent à faire évoluer favorablement la composition nutritionnelle des produits et la durabilité des modes de production.

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Céline Duguey

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