Où sont stockées mes photos ?

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avril 2013
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Dans le cloud personnel, axé sur le stockage, une stratégie consiste à répartir les données dans différents lieux, choisis en fonction de leur utilisation.

De nouvelles voies d’accès et de sécurité sont créées par les chercheurs pour les données grand public dans le cloud.

Des offres de cloud pour le grand public fleurissent depuis quelques mois. Celle d’Orange, par exemple, est sur le marché depuis octobre 2012. « Pour répondre à des besoins assez différents de ceux des entreprises, explique Jérôme Bidet, responsable de l’équipe cloud, stockage et accessibilité à Orange Labs Rennes. On n’est pas dans le cloud computing, c’est-à-dire dans la recherche de puissance de calcul. Le cloud pour le grand public est essentiellement dédié au stockage de données - lesquelles sont à 80 % des photos - et à leur partage. Elles doivent être accessibles n’importe quand, depuis n’importe quel équipement : télévision, ordinateur ou téléphone mobile. » Sachant aussi que, les offres étant de plus en plus nombreuses, l’utilisateur peut avoir des données dispersées dans plusieurs clouds.

Du placement intelligent

La stratégie de développement du cloud personnel est donc particulière et fait l’objet de différents projets de recherche(1) au sein d’Orange Labs. « Contrairement aux grosses fermes de données du cloud computing, l’une des pistes sur lesquelles nous travaillons, pour le cloud personnel, consiste à faire du stockage distribué, ou vertical, dans différents lieux », poursuit-il. Orange travaille actuellement sur trois niveaux de stockage : le serveur délocalisé, qui se trouve loin des utilisateurs, la box(2) présente à leur domicile - les modèles les plus récents ont été conçus pour servir également d’espaces de stockage - et des lieux intermédiaires, les points de présence (les PoP(3)) qui, actuellement, n’ont qu’un rôle de collecte et de routage des connexions des abonnés Internet. L’idée est ensuite d’orienter les données vers le lieu de stockage le plus adapté à leur nature (format, criticité et besoin de sécurisation associé) et à l’usage qui leur est destiné (fréquence d’utilisation, besoin de partage, terminal utilisé pour y accéder...). C’est ce que les chercheurs appellent l’intelligence de placement. Mais le revers de la médaille est que, sur un tel réseau distribué, la maintenance et la sûreté des données engendrent des contraintes différentes de celles d’un réseau avec un serveur unique.

Combien de copies pour la sûreté ?

C’est un des enjeux de la thèse de Pierre Meye, débutée en février 2012. « Avoir des contenus distribués dans une telle architecture de stockage génère des contraintes : on a, par exemple, plus de chance de les perdre et leur accessibilité et donc leur disponibilité sont moins faciles à assurer », explique Philippe Raipin, chercheur à Orange Labs Rennes, un de ses encadrants(4).

L’une des solutions consiste à faire plusieurs copies des données : assez mais pas trop ! « Je cherche les meilleurs algorithmes possible pour stocker et retrouver les données de la manière la plus efficace, précise Pierre Meye. J’ai commencé par définir l’architecture du réseau distribué et maintenant je réalise des simulations. Un des points clés que nous avons déjà identifié est le rôle des PoP : nous allons chercher à les rendre plus intelligents, c’est-à-dire les faire évoluer en lieux de stockage, et notamment de stockage temporaire pour amortir les pics d’accès ou assurer la copie d’une donnée quand son lieu de stockage initial, la box de l’utilisateur, est éteinte, par exemple. »

Ce travail sur les points de présence devrait se concrétiser assez rapidement, mais la finalisation et l’intégration de l’architecture complète du réseau distribué dans le système de l’opérateur - ici Orange - devraient prendre encore quelques années. Mais cela n’empêchera pas les nuages de continuer à se former!

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Nathalie Blanc

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