Le couvent a livré ses trésors

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mai 2013
Dégagement d'un sarcophage en plomb dans le chœur de l'église en 2013 (à gauche) et fouille d'une sépulture das un sarcophage en plomb en 2012 (à droite).
© Hervé Paitier - Inrap

C’était l’une des grandes fouilles de l’Ouest. À Rennes, les recherches au couvent des Jacobins sont finies. Les archéologues vont faire parler les squelettes.

Les fouilles du couvent des Jacobins, dans le centre-ville de Rennes, se sont achevées en avril. Pendant seize mois, une trentaine d’archéologues de l’Inrap(1) ont fouillé ce site de 8000 m2. Deux périodes historiques ont fait surface, l’Antiquité romaine, du 1er au 4e siècle, et la période moderne, après le Moyen Âge.

Dès les sondages de 2007, les archéologues avaient décelé le fort potentiel historique du site. Entre les actuelles rues de Saint-Malo et d’Échange, deux rues romaines croisaient deux autres rues. « Le site était un secteur important de la ville romaine de Condate, explique l’archéologue Gaétan Le Cloirec, responsable des fouilles. Au milieu d’un carrefour romain, nous avons découvert un temple d’environ 9 m de côté. Des indices de dévotion suggèrent un culte à Mercure. »

Un quartier romain

Une grande maison, ou un bâtiment semi-public, empiétait sur l’actuelle place Sainte-Anne. Un espace piétonnier donnait accès à des commerces ou des tavernes. Les archéologues savent qu’un vaste incendie a brûlé cet îlot à la fin du 2e siècle, suivi de reconstructions. D’innombrables vestiges sont remontés de cette époque romaine, notamment des plafonds peints, un système de chauffage par le sol (hypocauste), une sépulture contenant deux nouveaux-nés. À la fin du 4e siècle, le site est abandonné. « Ce secteur est alors extérieur à la cité médiévale. Il y a un découpage en parcelles, on y trouve des champs et de petits manoirs. » Une vingtaine de sépultures marquent cette période médiévale.

Mais c’est l’époque suivante qui révélera un nombre incroyable de sépultures. Une église est construite en 1369. Cette information n’a pas été extraite du sol... mais des archives municipales, dépouillées par Ludovic Schmitt, archiviste à l’Inrap. Des données manuscrites complètent en effet la fouille : cette richesse archivistique s’explique car le couvent des Jacobins était un acteur important de la vie politique et religieuse bretonne, du 14e au 18e siècle. « C’est la première fois que nous fouillons un couvent de manière exhaustive, explique Rozenn Colleter, anthropologue à l’Inrap. Cela nous donnera une compréhension globale de son fonctionnement. »

1200 sépultures

Les vestiges découverts sont lavés puis séchés avant d'être stockésParmi leurs trouvailles, les archéologues ont mis au jour 1200 sépultures : 30 individus et des ossuaires se trouvaient sous le jardin du cloître ; les restes de 200 nobles parlementaires ont été découverts sous l’une des galeries ; les tombes des frères dominicains étaient dans la salle capitulaire ; une fosse commune abritait les restes de 100 individus. « Il y a très peu de cimetières médiévaux fouillés en France, cet échantillon important permettra des études statistiques », résume Gaétan Le Cloirec.

L’état sanitaire des populations sera ainsi connu : « Une étude biochimique des squelettes livrera des informations sur l’alimentation des frères dominicains, comparée à celle des défunts enterrés sous le chœur de l’église et dans la fosse commune », explique Rozenn Colleter. Plusieurs disciplines scientifiques sont mobilisées sur cette fouille. Une étude architecturale du bâtiment est en cours ; des spécialistes prélèvent des sédiments pour reconstituer l’environnement avant la ville romaine ; des analyses feront parler les monnaies, les céramiques romaines, les objets en fer ou en bronze ; le lieu d’extraction des calcaires du couvent sera recherché. Toute l’évolution du site renaîtra dans le rapport de fouilles, qui sera publié en 2016. Rennes Métropole fera alors sortir de terre, à la place du couvent, un centre des congrès.

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Nicolas Guillas

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