Dans le cœur des témoignages

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mai 2013
« Comme j'avais fait une escale en France, ils ne m'ont pas cru ! » Le témoignage d'Andrew prêterait presqu'à sourire. Fuyant le Malawi pour des raisons politiques, il a été refoulé par les autorités irlandaises et contraint de s'installer en France.
© Alain Amet - Musée de Bretagne

Racontés par les migrants eux-mêmes, les récits n’en sont que plus forts. Extraits de l’exposition Migrations.

Derrière les objets et les lettres présentés dans l’exposition Migrations (lire p. 11) se cachent des personnes en chair et en os. Certaines ont accepté de témoigner et même d’être filmées. « Je n’aurais pas pu faire un tel sujet sans rencontrer les gens », explique Françoise Berretrot, conservatrice au musée de Bretagne et commissaire de l’exposition, qui a réalisé une grande partie des interviews.

Des repérages ont commencé dès 2010 pour trouver des candidats, puis un appel à collectes a été lancé en 2011. « Nous avons aussi contacté des associations de migrants, mais ce sont des réseaux informels qui nous ont permis de rencontrer les gens. »

Avec une très grande sincérité

Une enquête lancée via Internet a permis de récolter quatre-vingts témoignages de Bretons à l’étranger. Cent soixante-treize témoins individuels ont par ailleurs été rencontrés pour les interviews, prêts de photos et/ou d’objets. Tout a été traité et a nourri l’exposition, sauf quelques rares cas trop chargés d’émotion... « Comme ce monsieur, submergé par l’émotion, qui parlait peut-être pour la première fois, se souvient Françoise Berretrot. Mais toutes les histoires sont frappantes car quand on pose les questions, les personnes sont parfois prises de court, mais finissent par répondre avec une très grande sincérité au sujet de situations très difficiles. » Hasan, Kurde de Turquie, raconte, par exemple, son arrivée en France : « Pas de tapis rouge », et ses passages dans les foyers où il côtoie une autre réalité : celle de la vie très rude des errants de nuit. « C’était la vie, il fallait passer par là... », dit-il maintenant installé à Guipel avec sa compagne et leurs enfants.

Dans les témoignages contemporains, il y a aussi ceux des demandeurs d’asile. « Quand on les rencontre, on est en plein dans leur actualité car leur demande est en cours. C’est très marquant. Et ce n’est pas facile de se dire qu’on va utiliser leurs propos. On n’est pas là devant un objet inerte à exposer, mais devant une personne ! » Françoise cite alors le cas de Jamila, Lybienne issue d’une tribu nomade, qui, à la mort de son père, se retrouve apatride dans son propre pays. Après un périple extrêmement long et pénible, elle arrive à Marseille puis à Nice avec son petit frère dont elle finit par être séparée (et dont elle n’a plus de nouvelles). Arrivée à Rennes, elle témoigne pour l’exposition alors qu’elle attend la réponse à sa deuxième demande d’asile... qu’elle n’obtiendra pas. Elle est aujourd’hui repartie à Nice, sans statut juridique.

Fiers de ce choix de vie

Les histoires et les raisons du départ ne sont pas toutes tragiques. Tristan, musicien spécialiste de harpe celtique, a fait le choix de partir vivre de son art en Écosse où il séjourne plusieurs années. Gerda, son frère et sa sœur sont même fiers que leurs parents aient fait le choix de ce nouveau projet de vie : quitter les Pays-Bas pour la Bretagne.

Le point commun de tous ces témoignages est l’ouverture d’esprit que ces migrations ou simplement le fait d’avoir deux cultures apportent. Les mots de Leila, Française de père algérien, le décrivent de manière très imagée : « Très souvent, j’ai l’impression d’avoir deux cerveaux, alors que beaucoup de gens n’en ont qu’un ! » Si l’expérience vous tente...

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Nathalie Blanc

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