Être migrant et se soigner

309
mai 2013
L'accès aux soins des migrants dépend des conditions locales comme la présence, ou non, d'organismes comme Médecins du monde.
© Gérard Julien - AFP

Piloté depuis Rennes, un nouveau projet de recherche s’attaque au sujet peu abordé de l’accès des migrants aux soins.

Ils ne se voient pas malades. Ils ne savent pas où consulter, ne peuvent pas - pour des motifs économiques ou linguistiques - ou ne veulent pas... Pour des raisons diverses, il existe beaucoup de non-recours aux soins chez les migrants. À la croisée des sciences humaines et sociales, de la santé publique et aussi de la politique, ce champ n’était pas jusque-là étudié ni formalisé.

Lié aux conditions locales

Géographe spécialisée dans la santé à l’Université Rennes 2, Anne-Cécile Hoyez s’en est emparée. Dès 2007, elle compare les situations en France et en Grande-Bretagne(1), mais arrive au constat qu’à l’échelle nationale les politiques sont trop différentes pour être comparées. Alors affiliée au laboratoire sur les Migrations internationales (Migrinter) de Poitiers, elle décide de resserrer sa focale et de comparer les modalités de recours aux soins des migrants entre Rennes et Poitiers. « J’ai été très surprise des différences que j’ai observées à l’échelle d’une ville, explique-t-elle. L’accès aux soins des migrants est directement lié aux conditions locales, c’est-à-dire à l’implication de la ville et des autres collectivités, à la présence ou non d’associations ou d’organismes comme Médecins du monde... »

Cartographier l’offre de soins

Aujourd’hui, Anne-Cécile Hoyez continue son investigation dans le cadre formalisé du projet Migrations et santé (MigSan) qu’elle coordonne. Débuté en octobre 2012 avec le réseau des Maisons des sciences de l’homme (MSH), il implique les villes de Nantes, Poitiers et Rennes. C’est ainsi que géographes, sociologues, anthropologues et médecins élaborent en ce moment les grilles d’entretiens qui vont servir à questionner les acteurs politiques, sociaux, médicaux, les associations et les structures repaires, comme les Centres d’accueil de demandeurs d’asile (Cada), et bien sûr les patients. « Dans un premier temps, nous allons nous concentrer sur trois types de publics, précise-t-elle, les primo-arrivants, les personnes âgées et les femmes enceintes. »

L’objectif du projet MigSan est de produire une cartographie des structures d’adressage en matière d’accès aux soins, d’identifier les différents acteurs, de comparer avec d’autres régions et pourquoi pas de servir de modèle pour de futurs travaux à Paris, par exemple, où les migrants sont beaucoup plus nombreux. Les premiers résultats sont attendus d’ici à la fin de l’année 2013.

 

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Nathalie Blanc

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