Les scientifiques se connectent au sol

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juillet 2013
Mesures et résultats cartographiques réalisés dans le cadre du projet Sols de Bretagne de 2006 à 2012
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Inventaires, mesures de qualité des sols, les chercheurs ont acquis de nouvelles données prêtes à être exploitées.

À quoi servent les premiers centimètres de sols en Bretagne ? Ils sont exploités pour l’agriculture, dans 60 % des cas. Il est donc plus qu’important de bien les connaître et de les préserver. Pourtant, quand, au début des années 2000, le Gis Sol(1) a lancé au

niveau national les programmes d’inventaire, de surveillance et de suivi des sols, la Bretagne ne figurait pas parmi les bons élèves. Elle s’est rattrapée depuis.

Piloté depuis Rennes par Blandine Lemercier, d’Agrocampus Ouest(2), le programme Sols de Bretagne comprend deux volets. Le premier, sur le suivi de la qualité des sols (RMQS(3)), a été réalisé par les Chambres d’agriculture de Bretagne via un maillage composé de carrés de 16 km de côté, soit

109 sites mis en place entre 2005 et 2007 dans toute la région (2200 sites sur toute la France). Outre la description de l’occupation, de la gestion et de l’environnement du site, toute une série de prélèvements très codifiés (entre 0 et 30 cm et entre 30 et 50 cm) a été réalisée pour pouvoir les comparer à l’échelle du pays. Granulométrie, pH, teneur en carbone organique... une batterie de quatorze analyses physicochimiques était ensuite effectuée en laboratoire. En plus de cet énorme travail, les acteurs bretons se sont démarqués en s’attaquant aussi à la composante biologique des sols : les macro-invertébrés, les lombriciens, les collemboles, les acariens, les nématodes et les microorganismes.

380 grands types de sols

Le deuxième volet du programme Sols de Bretagne était un inventaire des sols (IGCS(4)). Il a été réalisé de 2006 à 2009 à partir de l’exploitation et la compilation de données pédologiques, géologiques, climatiques, de télédétection... et grâce à 3286 sondages réalisés à la tarière, un outil manuel qui permet de prélever une carotte de sol sur 1,20 m de profondeur par tranches de 20 cm. « Dans 170 cas, nous avons aussi creusé avec un tractopelle, pour arriver à la roche mère et avoir ainsi un profil de sol complet », ajoute Blandine Lemercier. Les résultats sont regroupés dans la base de données nationale, à l’Inra(5) d’Orléans. En complément, 25000 photos et 8000 échantillons de terre sont stockés à Rennes. Et 380 types de sols différents ont été dénombrés en Bretagne.

« Cet inventaire a pour but de constituer une vision homogène à l’échelle régionale(6), poursuit Blandine Lemercier, pour connaître la distribution des sols dans l’espace et les relier aux usages qui en sont faits. »

Utilisation et valorisation des données

En Bretagne, toutes les campagnes de mesures ont été financées par des institutions publiques (État, Région, Départements) et les données sont disponibles et gratuites, « ce qui n’est pas forcément le cas dans d’autres régions », précise encore Blandine Lemercier. Un certain nombre d’informations sont accessibles sur le site de Sols de Bretagne(7) régulièrement mis à jour avec les derniers rapports, des cartes interactives, comme le portail GéoSAS. À partir du mois de septembre, cet aspect d’utilisation et de valorisation des données va prendre toute sa mesure avec la deuxième phase du projet Sols de Bretagne. Des mesures physiques vont venir compléter les informations déjà récoltées, et des fiches sur les 380 types de sol seront rédigées. « Pour permettre, par exemple, à des agriculteurs de les utiliser. Certaines informations comme la sensibilité à l’érosion, ou la capacité du sol à garder l’eau, les concernent directement. » Une autre voie consistera à croiser ces données avec d’autres disciplines : hydrogéologie, dynamique des bassins versants... Enfin, à l’heure du développement de la science participative, les non-spécialistes ne sont pas oubliés. Des collaborations intéressantes pourraient aussi être mises en place avec les élèves des lycées ou BTS agricoles.

Des données occultées

Pendant longtemps ces données n’existaient pas. Bien que juste sous nos pieds, « les sols sont peu considérés car souvent occultés par la végétation et les infrastructures qui les recouvrent. » Aujourd’hui, il faut que les gestionnaires et aménageurs du territoire et aussi les citoyens se les approprient.

 

Savez-vous compter les vers de terre ?

Journée de comptages des oiseaux des jardins ou des papillons, ramassage des capsules d’œufs de raies le long de l’estran..., les opérations de science participative se développent en France depuis les années 2010. Même les vers de terre ont leur observatoire ! L’OPVT(1) a été initié par le laboratoire rennais Écobio de l’Osur(2).

Pour y participer, il faut suivre le protocole mis au point pour l’occasion et disposer : d’un carré de cinquante centimètres de côté dans un coin de jardin, d’un arrosoir de trois litres, de 150 g de moutarde “fine & forte Amora”, d’une pince à épiler et d’un carnet de notes. La moutarde a un pouvoir irritant que les lombriciens cherchent à fuir en remontant à la surface. Il ne reste plus qu’à les cueillir et à les classer par âge (juvéniles, adultes) ou par catégories. Toujours du côté des sols, un observatoire de l’érosion pourrait voir le jour dans le cadre de la phase deux du projet Sols de Bretagne (lire ci-contre). Cette nouvelle manière de récolter des données constitue une aide importante pour les chercheurs. Et peut susciter des vocations... !

(1)OPVT : Observatoire participatif des vers de terre.

(2)Osur : Observatoire des sciences de l’Univers de Rennes, UMR CNRS 6553 de l’Université de Rennes 1.

NB
Renseignements : 
http://ecobiosoil.univ-rennes1.fr/OPVT_accueil.php

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NATHALIE BLANC

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