Il réhabilite l’ibis sacré !

312
septembre 2013
L’ibis sacré et la spatule blanche sont deux espèces sociales qui s’attirent mutuellement. Elles sont aussi génétiquement proches.
© Pierrick Marion

Un chercheur rennais démontre que l’ibis sacré
n’est pas une menace pour la biodiversité.

Oiseau étranger, prédateur dangereux pour les espèces locales..., voici comment certains ornithologues et gestionnaires de l’environnement qualifient l’ibis sacré. Pour Loïc Marion, écologue au laboratoire Écobio( 1) de l’Osur(2) à l’Université de Rennes 1, l’oiseau est victime d’un “délit de faciès”.

« J’ai voulu remettre les pendules à l’heure. Car on tombe aujourd’hui dans l’excès. Les espèces importées sont d’emblée rejetées, sans qu’aucun diagnostic scientifique ne soit réalisé. J’ai pris l’exemple de l’ibis sacré car il cohabite avec des espèces d’oiseaux que j’étudiais par ailleurs. Mais il pourrait y en avoir bien d’autres ! »

300 ibis en liberté

D’origine africaine - on le trouve jusqu’à la frontière sud de la Mauritanie, en Irak - l’ibis sacré a été introduit dans un zoo du sud de la France et dans celui de Branféré, dans le Morbihan, où il évoluait en toute liberté. Jusqu’à trois cents individus pouvaient aller s’alimenter dans le golfe du Morbihan et revenir le soir au zoo. D’où la sensation de gêne ressentie localement et la mobilisation pour les éliminer. De 1991 à 1997, sous la pression des ornithologues, le zoo a capturé des oiseaux pour éjointer (3) leurs ailes, provoquant, par contre-coup, la fuite des ibis encore volants... Et ceux-ci sont allés s’installer en partie sur le site du lac de Grand-Lieu, au sud de Nantes ! « La pression est toujours là, poursuit Loïc Marion. Ils sont traqués. Des colonies s’installent aussi en Brière, mais leurs nids sont détruits... »

Dans son étude parue en juin dernier dans les comptes rendus de biologie de l’Académie des sciences, le chercheur montre que l’ibis cohabite de façon tout à fait naturelle avec les espèces présentes, pour certaines également exotiques. Au début du 20e siècle, seul le héron pourpré nichait autour de ce lac. Depuis, il a été rejoint par : le héron cendré (en 1916), le bihoreau (1930), l’aigrette garzette (1955), la spatule blanche, le héron gardeboeufs et le grand cormoran (1981), la grande aigrette (1994), l’ibis falcinelle (2011)... « L’ibis sacré a été introduit par l’homme, c’est un fait. Mais l’aigrette garzette et le héron garde-boeufs aussi, en partie. Et il aurait pu aussi arriver tout seul avec le réchauffement climatique ; on ne peut pas totalement l’exclure. Il peut facilement voler pendant 1 500 km. Or pour arriver d’Afrique jusqu’à la France, il n’y a que le détroit de Gibraltar à traverser. »

Friand d’écrevisses !

Spécialiste des prédateurs, Loïc Marion a également démonté les arguments qui faisaient de l’ibis sacré un prédateur redoutable pour les espèces d’oiseaux locales. Il va même plus loin : l’oiseau est friand d’écrevisses de Louisiane également importées, qui pullulent et font beaucoup de dégâts à l’écosystème (4). L’oiseau pourrait donc avoir un effet positif sur cette espèce invasive ! Mais cet excès de nourriture ne risque-t-il pas de le rendre vraiment invasif à son tour ? Le cas de l’ibis sacré montre combien il est difficile de définir une espèce invasive. Que cela doit passer par une étude de tout un écosystème et par des suivis à grande échelle. Il faut garder un œil sur l’oiseau !

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Nathalie Blanc

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