Piloter du bout des doigts

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septembre 2013
© Télécom Bretagne
Le projet de commande tactile Susie, développé par Télécom Bretagne.

À Brest, des informaticiens cherchent à rendre l'utilisation des drones accessible aux novices du politage aérien.

À bord d’un van banalisé, stationné en bord de mer, deux douaniers scrutent leurs écrans tactiles. Ils viennent de repérer une petite embarcation avec une cargaison suspecte, grâce aux images filmées par leur drone, qui vole à quelques centaines de mètres des côtes. Encore imaginaire, ce scénario pourrait bientôt prendre vie grâce à 3I, un projet européen qui réunit des partenaires britanniques, hollandais et français(1) autour d’un objectif : mettre au point un drone à bas coût pour la surveillance côtière, de la pêche à pied aux dégazages illégaux.

Simple et efficace

Le problème, c’est que ces douaniers ne sont pas pilotes. « Nous travaillons sur l’interface homme-machine, explique Gilles Coppin, responsable du projet à Télécom Bretagne, école d’ingénieurs brestoise investie dans le projet. Nous mettons au point un système qui fait la traduction entre les objectifs de mission concrets - va surveiller cette zone, filme ici - et les paramètres techniques - altitude, vitesse... - gérés par le pilote automatique embarqué. » « La difficulté, c’est d’imaginer une interface qui soit simple et efficace, ajoute François Legras, dirigeant de Deev Interaction System, une jeune PME issue de Télécom Bretagne, qui collabore au projet, pour que les forces de l’ordre puissent rester concentrées sur le traitement des données vidéo transmises en direct. »

La solution s’est dessinée sur des tablettes tactiles destinées à être installées dans le van. Sur un fond cartographique, l’utilisateur pourra indiquer, en traçant un trait sur la carte ou en entourant une zone, l’aire géographique qu’il souhaite viser. Le système a déjà été testé : en mai 2011, l’équipe a reçu un prix de l’Otan pour Susie, un premier logiciel de pilotage d’essaim de drones. Quelques mois auparavant, au Salon du Bourget, les militaires, comme le grand public se familiarisaient en quelques minutes avec le système. « C’est d’ailleurs pour ces raisons que les partenaires du projet 3I sont venus nous chercher ! », précise Gilles Coppin.

À quelques kilomètres, à l’Ensta Bretagne(2), d’autres chercheurs se penchent sur les logiciels embarqués qui donnent au drone suffisamment d’autonomie pour remplir ses missions sans heurts. « Nous concevons les algorithmes qui permettent de passer d’un objet télécommandé à un drone autopiloté », explique Benoît Clement, responsable du projet au sein de l’équipe robotique. Comprenez, de ne plus diriger le robot au centimètre près, mais de simplement lui indiquer un point d’intérêt, vers lequel il se dirige en calculant lui-même sa trajectoire. « Il faut que ces algorithmes soient robustes, c’est-à-dire indépendants des conditions extérieures, comme la force du vent. Car l’opérateur n’est pas sur place, donc il manque d’informations, il ne peut pas anticiper ! »

Dans l’air et sur l’eau

Ce type d’algorithme existe déjà. Mais les chercheurs veulent aller plus loin. « Nous nous intéressons à l’organisation d’un groupe de drones, ajoute Benoît Clement, à la possibilité de gérer des formations géométriques. Cela permet de couvrir une zone plus grande, mais il faut que chaque engin se positionne par rapport à ses voisins. » Destinées au milieu aérien pour le projet 3I, ces recherches pourront être déclinées aux drones de surface et même aux drones sous-marins, domaine de spécialité de l’Ensta Bretagne. Le bimoteur de 3I, construit pièce par pièce par les Anglais grâce à une imprimante 3D, a déjà prouvé son aptitude à voler. Il fera sa première démonstration officielle à Brest, en juin prochain.

En Australie, de l’espace pour les drones

En début d’année, le Lab-sticc(1) a lancé un programme de coopération scientifique baptisé Swarm avec l’université de technologie du Queensland, à Brisbane, en Australie. L’objectif est de concevoir des systèmes embarqués équipant des mini ou microdrones, en y intégrant notamment des composants reconfigurables, qui peuvent s’adapter aux différents usages. « L’Australie est plus avancée dans l’usage des drones, explique Gilles Coppin, car ils ont des besoins particuliers liés aux grands espaces, par exemple en agriculture, ou pour la surveillance des lignes électriques » (lire aussi p. 16-17).

(1)UMR CNRS 6285, le Lab-sticc regroupe l’UBS, l’UBO, Télécom Bretagne, l’Ensta et l’Enib.

CD
Renseignements : 
Jean-Philippe Diguet Tél. 02 97 87 45 41, jean-philippe.diguet@univ-ubs.fr Gilles Coppin Tél. 02 29 00 12 08, gilles.coppin@telecom-bretagne.eu

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Céline Duguey

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