Cancer : dix ans de résultats

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octobre 2013
Frédéric Le Donge

Un réseau du grand Ouest motive la création d’une base de données nationale sur le glioblastome, une tumeur cérébrale.

Avec 2000 personnes touchées chaque année en France, le glioblastome reste une tumeur rare. Mais elle est la plus fréquente des tumeurs primitives(1) du cerveau. Agressive, son pronostic vital est sombre. « Dès 2011, nous avions commencé à développer une base clinico-biologique (BCB) interrégionale sur ce cancer avec le soutien du Cancéropôle Grand Ouest », précise Philippe Menei, neurochirurgien au Centre hospitalo-universitaire (CHU) d’Angers et coordinateur de la BCB. Sa portée est aujourd’hui nationale et s’est concrétisée à la suite d’un appel à projets lancé par l’Institut national du cancer (Inca) en 2012(2). « Pour avancer dans nos recherches sur ce cancer et tester nos hypothèses, il nous fallait absolument constituer une grande cohorte de patients », explique Philippe Menei.

Mettre en évidence les singularités
Comme les huit BCB nationales déjà existantes et dédiées à d’autres cancers, cette nouvelle base va permettre aux chercheurs de travailler sur des données cliniques et biologiques de malades et de mieux identifier les origines génétiques et/ou environnementales de la maladie. Ils chercheront aussi à mettre en évidence les singularités des patients qui peuvent expliquer le déclenchement de leur cancer, ou la qualité de leur réponse au traitement. Pour l’heure, vingt-deux CHU et centres de lutte contre le cancer ont intégré la base. Objectif : recueillir d’ici à la fin de 2015 les informations administratives, environnementales, les données cliniques (antécédents médicaux, protocoles de traitements, réponses à ces derniers), les clichés IRM, le sang, les cheveux, les tissus tumoraux de 1200 patients atteints de glioblastomes.

« Ces données sont anonymes et bien évidemment récoltées avec l’accord du patient », souligne le professeur Menei avant de préciser que « les échantillons biologiques sont conservés au sein de l’hôpital du patient tandis que les autres données sont enregistrées sur une base informatique gérée par le CHU de Nantes. »

Des observations à expliquer
Les chercheurs disposeront bientôt d’assez de données pour tenter, par exemple, de comprendre pourquoi 10 % des patients ont une espérance de vie de cinq ans tandis que celle-ci ne dépasse généralement pas un ou deux ans. D’après de récentes études, 40 % des patients atteints de glioblastomes répondent bien au traitement au bévacizumab, un anticorps qui ralentit la croissance des nouveaux vaisseaux sanguins que la tumeur développe pour croître. « Grâce à la BCB, les chercheurs pourront sélectionner ces patients et tenter de trouver dans leur sang les marqueurs génétiques communs qui pourraient potentiellement expliquer cette réaction favorable. » Quant aux cheveux, ils ont comme intérêt d’être des marqueurs des imprégnations récentes de l’homme par des produits chimiques tels que les pesticides aujourd’hui incriminés dans la genèse des glioblastomes.

Trouver des financements
L’équipe de Philippe Menei cherche actuellement des financements afin d’étudier de près les effets potentiellement carcinogènes de ces produits sur le cerveau. En effet, si l’Inca subvient à la constitution de cette collection de données, l’accès à cette dernière ne sera délivré par le comité de pilotage de la base qu’aux équipes ayant un projet déjà financé. Gageons que ce nouvel outil permettra de mieux comprendre les mécanismes de développement de cette tumeur et d’accélérer la mise au point de traitements efficaces et adaptés aux différents profils des patients.

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Julie Danet

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