Des virus pour lutter contre le cancer

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octobre 2013
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Une équipe nantaise a mis au point une nouvelle arme contre le cancer de la plèvre : un virus atténué de la rougeole.

Utiliser le vaccin de la rougeole pour traiter le cancer de la plèvre, une lubie de chercheurs ? Pas du tout. Il est en effet prouvé que les virus dits oncolytiques, sont capables d’induire la mort des cellules cancéreuses tout en épargnant les cellules saines. Cette piste thérapeutique est de plus en plus étudiée. À Nantes, l’équipe de Marc Grégoire, directeur de recherche(1) à l’Institut de recherche en santé de l’Université de Nantes travaille en collaboration avec l’équipe de Frédéric Tangy de l’Institut Pasteur sur le couple vaccin contre la rougeole/cancer de la plèvre (ou mésothéliome pleural malin). Mais comment le virus atténué(2) du vaccin parvient-il à reconnaître les cellules tumorales et à les détruire ?

Le système immunitaire réactivé

Dans le cas du mésothéliome pleural malin, « les cellules tumorales de la plèvre peuvent disposer d’une grande quantité d’un récepteur, la protéine CD46, peu présent sur les cellules saines. Ce récepteur peut les protéger des actions toxiques du système immunitaire. » Grâce aux travaux des équipes nantaise et parisienne, ce récepteur censé protéger les cellules cancéreuses pourrait bien les conduire à leur perte. « Le CD46 avait été identifié comme l’une des portes d’entrée dans la cellule, du virus atténué du vaccin de la rougeole. Aussi, nous avons décidé de tester in vitro l’action de ce virus au contact des cellules tumorales : celui-ci s’est révélé être un virus oncolytique redoutable, tuant directement environ 60 % des cellules tumorales, et bien plus lorsque le CD46 est présent en très grand nombre », souligne Marc Grégoire. Pour ce faire, ce virus atténué vaccinal se fixe sur le récepteur, entre dans la cellule tumorale, s’y réplique avant d’induire la mort par apoptose (autodestruction) de la cellule et l’émission de signaux de danger. « En déclenchant l’émission de ces signaux, que les cellules tumorales parviennent habituellement à bloquer pour échapper à la traque du système immunitaire, notre virus provoque une forte réponse immunitaire. » C’est là tout l’avantage de cette méthode d’immuno-virothérapie : le système immunitaire, ainsi réactivé, est alors capable de reconnaître et détruire spécifiquement les cellules tumorales encore dispersées dans le corps.

Pour l’heure, seuls les États-Unis proposent ce type de thérapie aux patients et les résultats sont encourageants. « Légèrement différent de celui breveté par les Américains, notre vaccin s’est révélé être, a priori, plus efficace en ce que l’élimination des cellules tumorales qu’il déclenche est suivie d’une réponse immunitaire forte, annonce Marc Grégoire. Aussi, nous espérons pouvoir rapidement produire un premier lot clinique et lancer les premiers essais pour les patients atteints de mésothéliome, mais aussi d’autres cancers comme le mélanome ou le cancer du poumon. »

Une découverte née d'une rencontre

C’est en 2003 que Marc Grégoire croise le Dr Frédéric Tangy de l’Institut Pasteur lors d’un colloque à Nantes portant sur l’apoptose. Au cours d’une discussion, il lui fait part de ses observations quant à la quantité inhabituelle de protéine CD46 qu’il a observée à la surface des cellules cancéreuses. « Frédéric m’apprend alors que le virus atténué de la rougeole, utilisé dans le vaccin, a besoin des récepteurs CD46 pour infecter les cellules humaines, explique Marc Grégoire, souriant encore de cette rencontre fortuite de deux scientifiques que leurs domaines de recherche respectifs n’auraient, a priori, pas amenés à se croiser. C’est ainsi que nous est venue l’idée de travailler ensemble. » Dix ans plus tard, cette découverte n’attend plus qu’un soutien financier pour que démarrent la production de ce vaccin et des essais cliniques en France.

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Julie Danet

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