Suivi au cœur de la tumeur

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octobre 2013
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Les spécialistes du traitement de l’image inventent des outils pour suivre l’évolution des tumeurs au plus près.

Échographie, scanner, IRM, scintigraphie..., les méthodes d’imagerie sont très variées et fournissent de plus en plus d’informations concernant les tumeurs. Parfois, deux technologies sont même couplées. « On parle de multimodalité, décrit Dimitris Visvikis, directeur adjoint du Latim(1), à Brest. Depuis les années 2000, un nouvel appareil a révolutionné l’imagerie médicale : la Tep-TDM permet maintenant l’acquisition couplée d’images anatomiques (TDM) et d’images fonctionnelles (Tep) » (lire article ci-contre). Utilisée maintenant en routine dans la plupart des hôpitaux, et à 95 % en cancérologie, cette association permet notamment d’améliorer la localisation d’une tumeur.

Depuis dix ans, Dimitris Visvikis et son équipe cherchent à mettre en place des approches qui permettraient d’exploiter des informations fonctionnelles fournies par l’imagerie Tep, pour la planification et le suivi thérapeutique. « Depuis 2009, nous arrivons à caractériser avec précision les mécanismes tumoraux en analysant la distribution de l’activité à l’intérieur des tumeurs, en trois dimensions, poursuit-il. Cette information très précise pourrait être utilisée pour choisir le régime thérapeutique et évaluer son efficacité. Une baisse d’activité voulant dire que le traitement fonctionne ; une différence d’intensité permettant de délivrer des doses différentes de radiothérapie au sein même de la tumeur. » Malheureusement aujourd’hui, il n’est pas encore possible d’utiliser ces nouvelles informations dérivées des volumes fonctionnels en clinique. La majorité des protocoles de suivi sont uniquement basés sur l’imagerie anatomique (forme ou taille de la tumeur).

Mais Dimitris Visvikis et son équipe y travaillent : la phase de transfert des outils développés a commencé, avec des licences et des contrats avec des industriels du domaine de l’imagerie (Siemens) et de la radiothérapie (Varian). La commercialisation de ces logiciels pourrait être envisagée d’ici à 2016.

La prostate sous toutes les coutures

Dans leur laboratoire rennais, LTSI(2), alter ego du Latim brestois, Oscar Acosta et ses collègues s’intéressent à l’imagerie de la prostate. Avec une obsession : optimiser le traitement par radiothérapie du cancer associé.

Si les dispositifs d’irradiation sont très précis, cet avantage ne peut être exploité car l’appareil d’imagerie associé et indispensable (scanner)(3) ne permet pas de distinguer la tumeur. La technique de traitement actuelle consiste donc à irradier toute la prostate, ce qui peut provoquer des dégâts sur des organes proches (vessie, rectum). « En associant le scanner à l’IRM ou la Tep, qui sont d’autres techniques d’acquisition des images, nous pourrions localiser précisément la tumeur et mieux cibler le traitement. Cela nécessite un travail de recalage des images », explique Oscar Acosta.

L’autre défi de l’équipe est de faire du suivi thérapeutique en mettant en relation les images avec d’autres informations comme la dose injectée, les résultats de l’examen clinique et l’apparition d’effets secondaires. « En trois ans, grâce au suivi de 160 patients du Centre Eugène-Marquis de Rennes, nous avons identifié une zone du rectum qui serait particulièrement sensible à l’irradiation. » Cette relation entre la dose et la toxicité pourra servir à d’autres patients. Tout comme la validation des images avec l’analyse véritable de la prostate - quand elle est enlevée -. Toujours dans l’idée d’une personnalisation du traitement.

Renseignements : 
Oscar Acosta Tél. 02 23 23 53 34 oscar.acosta@univ-rennes1.fr

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Nathalie Blanc

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