Une tumeur dans le collimateur

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octobre 2013
TheBrain - CC-by-sa

Des biologistes rennais veulent caractériser les cellules immunitaires présentes dans l’environnement du glioblastome.

Véritable ordinateur de bord, le cerveau est un organe ultraprotégé. Les premiers remparts contre les attaques extérieures étant plus importants que dans le reste du corps (boîte crânienne, liquide cérébral...), les chercheurs ont longtemps estimé que les réactions immunitaires normalement déclenchées par la présence d’éléments étrangers ou anormaux y étaient plus limitées. « La réponse immunitaire face à une tumeur cérébrale est en effet moins forte que celle déclenchée dans d’autres cancers, mais elle n’est pas nulle, note Véronique Quillien, responsable du département biologie au Centre Eugène-Marquis(1) à Rennes. Les premiers antigènes tumoraux - morceaux de protéines reconnus comme étrangers et déclenchant une réaction immunitaire - ont été trouvés au début des années 90(2). Cela avait suscité de grands espoirs, car on a entrevu la possibilité de détruire spécifiquement les cellules tumorales. De nombreux essais d’immunothérapie ont montré qu’il était effectivement possible de déclencher une réaction immunitaire spécifique chez les patients atteints d’un cancer. Mais il s’est avéré que celle-ci n’est pas toujours efficace dans le microenvironnement tumoral. L’engouement est un peu retombé, mais les recherches se focalisent maintenant sur la caractérisation de ce microenvironnement. »

Qui fait quoi ?

La biologiste est ainsi impliquée dans un projet du Cancéropôle Grand Ouest visant à caractériser les cibles immunologiques et le microenvironnement immunitaire du glioblastome. À partir de tumeurs prélevées sur des patients, elle va, avec des membres de l’équipe(3), rechercher la présence de toute une série de cellules impliquées dans le système immunitaire : lymphocytes et macrophages (globules blancs), microglies (macrophages résidents dans le cerveau qui constituent la première barrière de défense), et autres cellules myéloïdes.

Des traitements personnalisés
« Nous allons les identifier et les quantifier(4). Puis nous allons tenter de comprendre leur rôle. Car si celui-ci est relativement bien connu dans des réactions immunitaires classiques, il semble que les tumeurs cancéreuses arrivent à rediriger l’action de certaines cellules du système immunitaire à leur profit. »

Les chercheurs ont par ailleurs progressé dans leurs connaissances sur les cancers. Ils différencient désormais quatre sous-types moléculaires de glioblastomes. Les données sur l’environnement immunitaire récoltées par Véronique Quillien seront corrélées à cette classification et contribueront à affiner la typologie des tumeurs. « Il semble déjà qu’un des sous-types de glioblastomes ait un environnement immunitaire très différent des autres », note Véronique Quillien. Cette démarche s’inscrit dans celle, plus large, du réseau gliome, qui vise notamment à personnaliser les traitements.

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Nathalie Blanc

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