Ramasser les algues vertes en épargnant la faune

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décembre 2013
Les agents du Parc naturel marin d'Iroise ont effectué des traits de chalut, pour évaluer l'impact de l'engin de ramassage des algues vertes sur les jeunes poissons
© Fabien Boileau - Agence des aires marines protégées

Comment faire cohabiter une machine innovante qui ramasse des algues avec la faune fragile du littoral ? L’expérimentation se poursuit.

Un nouveau type de ramassage des algues vertes a été expérimenté, l’an dernier, sur des plages finistériennes. Les entreprises du projet Ulvans(1) veulent les valoriser dans une nouvelle filière industrielle(2). La récolte s’effectue là où les vagues déferlent, grâce à une “moissonneuse” de 20 t, qui roule dans l’écume à 10 km/h. Sa partie avant, appelée le dégrilleur, avance à la verticale sous l’eau. Des picots accrochent les algues, qui filent sur un tapis roulant vers la benne arrière.

Cette machine risque-t-elle d’attraper des poissons ? À la demande de la préfecture du Finistère, une évaluation environnementale a été conduite par le Parc naturel marin d’Iroise et rendue publique en octobre. Le 27 juin sur la plage de Sainte-Anne-la-Palud, les scientifiques(3) ont observé ce qu’il se passe autour de la machine. « La baie de Douarnenez est très abondante en poissons plats, explique Philippe Le Niliot, responsable scientifique du Parc marin. Durant la première année de leur vie, ils vivent sur des plages de sable fin, qui sont des nourriceries. » Devenus adultes, ces poissons (soles, plies, turbots, carrelets, barbues...) sont pêchés au large. « Nous n’avons pas trouvé de poissons dans les réservoirs d’algues de l’engin, seulement des crustacés amphipodes décomposeurs d’algues vertes. »
Des poissons (turbots, soles, vives) ont toutefois été retrouvés morts, après le passage de l’engin. Stressés, ils se sont réfugiés au fond, sous le sable. « Ils portent des signes caractéristiques de l’écrasement (éviscération, blessures, queues coupées) qui désignent les roues de l’engin comme responsable de la mortalité », précise le rapport.

Des coquillages écrasés

Un autre impact concerne de petits coquillages, les tellines. Ces bivalves vivent dans des gisements, au bas de l’estran, exploités par des pêcheurs à pied professionnels et surveillés chaque année. « Dans les traces de l’engin de ramassage, nous avons observé des bivalves écrasés. Il y a 30 % de tellines tuées après un seul passage. » Le Parc marin a fourni un état des lieux de la ressource, pour cibler les plages à faible enjeu, et estime qu’il faut modifier l’engin de récolte.

L’expérimentation était encadrée par un arrêté préfectoral, autorisant la circulation sur l’estran, et coordonnée par la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM). « Le risque d’écrasement des espèces pose en effet un problème, confirme Fanny Faure, chef du pôle Affaires maritimes du Guilvinec à la DDTM. Á partir des conclusions de l’étude du Parc marin, nous avons demandé aux entreprises du projet Ulvans de modifier le type de pneus et d’intervenir sur les sites les moins sensibles. Elles vont également s’orienter vers d’autres méthodes. »

La pression des pneus

« Nous avons joué la transparence, note Sébastien Balusson, directeur général adjoint d’Olmix, porteur du projet Ulvans. Le crampon du pneu pose problème. À l’endroit du crampon, la pression sur le sable s’élève à 2 bars/cm2. Ce n’est pas acceptable. Avec des chenilles pneumatiques, ou des pneus basse pression sans crampon, elle peut descendre à 0,4 bar/cm2. La pression du pied humain est de 0,5 bar. Cela peut se résoudre, car la technologie existe. » Les industriels veulent améliorer cette machine et poursuivre les essais de collecte depuis les bateaux. Ils sont ouverts aux questions de protection du milieu naturel. « Nous avons prévu un budget pour toutes les études scientifiques de mesure d’impact sur l’environnement. »

Un courrier au ministre de l’Écologie

Deux associations de protection de l’environnement(4) ont réagi à l’étude du Parc marin d’Iroise. Elles estiment que la machine a des « impacts irréversibles sur l’environnement » et que cette récolte est « incompatible avec les objectifs d’éradication des marées vertes du plan gouvernemental initié en 2010. » Elles ont écrit au ministre de l’Écologie pour demander l’interdiction de ce ramassage des algues.

« Il y a aujourd’hui des algues vertes, répond Sébastien Balusson. Nous les prenons et les transformons. C’est une ressource. Cette biomasse capte du CO2 et peut remplacer des produits chimiques, comme les phytosanitaires. Quand il n’y aura plus d’algues, nous les cultiverons. Nous trouvons des solutions alternatives à la chimie, c’est un projet innovant ».

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Nicolas Guillas

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