L’homme et l’anchois, même combat !

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janvier 2014
Le jeu
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Des chercheurs en écologie marine ont calculé la position de l’homme dans la chaîne alimentaire.

Nous pensions être de superprédateurs ? C’est raté ! Certes, l’homme n’est la proie quotidienne d’aucune espèce animale, mais il n’est pas non plus le prédateur supérieur que l’on croit. Une étude publiée dans la revue PNAS montre même un résultat surprenant : dans la chaîne alimentaire, l’homme se place au même niveau que l’anchois ! Une équipe de chercheurs Ifremer/IRD(1)/Agrocampus Ouest à Rennes a en effet estimé pour la première fois le niveau trophique humain(2).

« Il se calcule en fonction du régime alimentaire, explique Olivier Le Pape, co-auteur de la publication(3) et enseignant-chercheur à Agrocampus Ouest. Les végétaux, premiers producteurs de matières organiques, appartiennent au premier niveau. Les herbivores, consommateurs de végétaux, relèvent du second niveau et sont les proies des prédateurs, rattachés au troisième, quatrième voire cinquième niveau. En écologie marine, notre domaine de spé-cialisation, ce calcul est courant. » Verdict pour le niveau trophique humain ? Une moyenne de 2,2 contre 5,5 pour l’orque, ce qui met donc l’homme au même rang que l’anchois ou le cochon. Logique puisqu’il se nourrit essentiellement de végétaux et d’herbivores, alors que l’orque se nourrit de carnivores. « La moyenne chez l’homme n’est pas la même partout dans le monde. Nous avons distingué cinq grands groupes de pays. L’évolution des tendances reflète les transitions socio-économiques, environnementales et nutritionnelles. » Ainsi, on constate que le niveau trophique augmente avec le niveau de vie comme en Inde et en Chine (en plafonnant à 2,3) et diminue parfois avec l’uniformisation des régimes alimentaires, comme en Islande. Ces résultats sont le fruit d’une analyse de données de la FAO(4) sur la consommation humaine entre 1961 et 2009.

« Connaître le niveau trophique humain est utile car plus il est bas, mieux c’est pour économiser les ressources naturelles », ajoute Olivier Le Pape. Un mangeur ne récupère que 10 % de l’énergie de sa proie. À chaque passage à un niveau trophique supérieur, l’énergie disponible pour le prédateur diminue exponentiellement. » Si l’homme était phytophage, il ne consommerait donc pas plus de végétaux qu’à l’heure actuelle et la perte énergétique serait moindre. Dans les mois prochains, l’équipe de chercheurs établira des scénarios simulant l’influence du niveau trophique humain sur la quantité de production primaire requise pour soutenir les besoins alimentaires mondiaux, en tenant compte de la croissance démographique prévue.

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