Quand le jeu devient maladie

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janvier 2014
À Nantes, c'est surtout l'addiction aux jeux de hasard et d'argent qui est étudiée.
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À Nantes, des scientifiques du Centre de référence sur le jeu excessif étudient cette addiction pour mieux la traiter.

En 2010, on estimait qu’entre 600000 et 1800000 personnes étaient en situation de jeu pathologique en France. Si différents types de jeux peuvent entraîner une dépendance, c’est surtout sur les jeux de hasard et d’argent que se concentrent Gaëlle Bouju et Julie Caillon, respectivement coordinatrice d’études cliniques et psychologue au Centre de référence sur le jeu excessif (CRJE). Créé en 2008, le CRJE est un lieu de prévention, de recherche et d’information dédié au jeu pathologique. C’est l’un des trois centres spécialisés de l’Institut fédératif des addictions comportementales (Ifac) du CHU de Nantes et le premier centre du genre en France.

Poker, grattage, paris sportifs...

« Nous manquons malheureusement de visibilité sur la prévalence de l’addiction aux jeux d’argent depuis l’ouverture des jeux en ligne. Mais, nous savons qu’elle est plus importante sur Internet », avance Gaëlle Bouju. Une aggravation inquiétante que la coordinatrice impute notamment à l’accessibilité à toute heure et en tout lieu des jeux en ligne ainsi qu’à la virtualité de l’argent misé. « Le profil de ces joueurs en ligne, considérés comme pathologiques, est celui de Monsieur Tout-le-monde, précise-t-elle. Il apparaît néanmoins que beaucoup sont des hommes, plutôt jeunes et que bon nombre souffrent de dettes et de problèmes professionnels ou familiaux dus à l’excès de jeu. » Mais qu’est-ce qui pousse ces personnes à jouer au risque de tout perdre ?

La dopamine en jeu

« Comme le font les drogues, le jeu active le circuit dit de la récompense. Le simple fait de jouer entraîne la libération dans le cerveau d’une importante quantité de dopamine », explique Julie Caillon. C’est ce même neuromédiateur que le cerveau délivre lors d’une expérience qu’il juge “agréable” (un bon repas, un rapport sexuel...). « Très utile pour l’apprentissage de ce qui est bon ou mauvais pour l’organisme, ce circuit de la récompense peut aussi “s’emballer”, prévient la psychologue. Plus le joueur joue, plus son cerveau libère de la dopamine, plus il a envie de jouer jusqu’à en devenir dépendant. En situation de jeu, les joueurs peuvent également développer des distorsions cognitives : ils mettent en place des stratégies pour essayer de contrôler la part de hasard du jeu. »

Définir des facteurs de risque

Pour mieux comprendre ce type d’addiction dite comportementale ou “sans substance”, Gaëlle Bouju coordonne, depuis 2011, une étude nationale sur cinq ans incluant plus de 600 joueurs et visant à évaluer l’impact des facteurs influençant la pratique du jeu. « Toute addiction est en effet le résultat

de l’interaction de facteurs complexes liés à l’individu (personnalité, vulnérabilité génétique, événements de vie, troubles psychiatriques...), à son environnement (familial, social...) et au jeu (accessibilité, caractéristiques des jeux...), précise-t-elle. En comparant ces facteurs au sein de notre cohorte, nous espérons définir des facteurs de risque ou protecteurs vis-à-vis des problèmes de jeu afin d’optimiser nos actions de prévention et de soin. » Pour l’heure, le service d’addictologie du CHU de Nantes propose une prise en charge biopsychosociale à ses patients. Constitution d’un dossier d’exclusion des casinos, évaluation du degré d’addiction, définition des objectifs à atteindre, thérapies individuelle ou de groupe... « Notre volonté est d’aider les patients à adopter de nouveaux mécanismes de pensée adaptés à leur problématique personnelle pour limiter, voire vaincre leur comportement addictif », conclut Julie Caillon.

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Julie Danet

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