Tempêtes : quand la côte s’érode

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avril 2014
L'emplacement, ici en 2008, puis l'absence (voir ci-dessous) du panneau blanc permettent de suivre le recul de la microfalaise de Pertz, au nord de l'île de Trielen.
Marie-Yvane Daire (2008), Henri Gandois (janvier 2014), Hélène Mahéo (février 2014).

Des prospecteurs locaux et des chercheurs de Brest et Rennes relèvent et étudient les effets de l’érosion sur le littoral breton.

Les tempêtes ont frappé fort, cet hiver, en Bretagne. Les coups de vent violents, les marées à gros coefficients et les intenses périodes de pluie ont mis une sacrée pagaille en ville. Et le Iittoral n’a pas été épargné.

«L’érosion de la côte est un phénomène naturel », rappelle Marie-Yvane Daire, chercheur au Centre de recherche en archéologie, archéosciences, histoire (Creaah, Rennes). Le trait de côte recule vers l’intérieur du continent, le dessin de la Bretagne évolue.


Janvier 2014                                                                                 Février 2014

 

 

L’érosion accélérée

Mais ce phénomène est accéléré lors des tempêtes. « Les vagues attaquent les falaises. Parfois, des objets archéologiques apparaissent et nous en apprennent davantage sur l’histoire de notre patrimoine. Mais ils peuvent disparaître aussitôt qu’une nouvelle tempête s’abat sur le site sans qu’on ait eu le temps de récolter les données ! Les témoins de notre passé se noient dans l’océan. »

 




Tombe de l'âge du bronze avant
et après les tempêtes de février
© Jean-Claude Le Goff (2010)
© Meritxell Monsros (2014)

À Santec dans le Finistère, un site archéologique en bord de falaise est connu depuis 1979 : « Cette année-là, un prospecteur local, Jean-Claude Le Goff, a découvert une tombe en pierre sèche et en granit, typique de l’âge du bronze », raconte Pau Olmos Benlloch, postdoctorant au Creaah. Mais cette tombe a disparu lors d’une tempête dans la nuit du 1er au 2 février dernier. Et, comme par magie, un autre tumulus est apparu ! (voir photos ci-contre). L’information aurait pu être balayée par la houle quelques jours plus tard. Un autre prospecteur local, Daniel Roué, est heureusement passé par là.

« Ce site est très exposé. Le but prioritaire de nos recherches n’est pas de le préserver physiquement mais au moins de récupérer les données à temps », dit Pau Olmos Benlloch.

À 100 km de là, un suivi archéologique est assuré depuis dix ans sur l’un des sites de l’île de Trielen (archipel de Molène). « Sur une portion de la côte, on estime le recul de la microfalaise entre 0,5 et 1 mètre par an (voir photos ci-dessus). On a d’ailleurs observé la disparition d’un atelier artisanal de production de sel occupé au cours de l’âge du fer. »

Afin de préserver l’information patrimoniale au fil de l’érosion des sites archéologiques, le Creaah travaille depuis 2006 sur le projet Alert dont l’un des aboutissements est un site Web(1), mis en ligne fin février et destiné au grand public : « Le site Alert est basé sur une démarche participative pour que les locaux puissent nous aider à collecter les informations. Nous ne pouvons pas nous déplacer à chaque tempête ! Nous voulons donc créer un réseau de prospection sur le littoral. L’idée est de gagner en réactivité lorsqu’un nouveau site est mis au jour », explique Pau Olmos Benlloch. Une version mobile du site Web Alert, utilisable sur tablette tactile, est accessible à tous. Les volontaires se déplacent sur le terrain et remplissent un formulaire de description. « Cela permet d’enrichir notre base de données, et de créer, à terme, des cartes de vigilance destinées aux gestionnaires du patrimoine du littoral. »

Les vagues grignotent la falaise mais elles balaient également le sable des plages qui se creusent de façon impressionnante. En baie de Douarnenez, le sable a disparu sur 1,30 m de profondeur, faisant apparaître des souches d’arbres datant peut-être de 5000 ans : « Du temps où le niveau de la mer était plus bas, une tourbière s’est installée derrière le cordon littoral, puis la mer est montée et a recouvert la verdure, celle-ci même qui vient de réapparaître en février dernier », explique la géologue Brigitte Van Vliet-Lanoë(2).

Des plages dévastées

Sur d’autres plages du Finistère, le changement de décor est tout aussi stupéfiant. Par endroit, le sable fin a entièrement laissé place à de gros galets. « Cet état actuel n’est pas immuable, affirme Alain Hénaff, géomorphologue(3). Lors de conditions agitées, le sable migre vers la partie submergée de la plage. Le sol est donc rabaissé, ce qui laisse aux vagues l’opportunité de grignoter la dune. Puis le stock de sable est ramené progressivement et la plage se rengraisse. Le sable exondé sèche et est emporté par le vent vers la dune qui se reconstitue. » Mais il faudra peut-être attendre plusieurs saisons pour le voir !

L’urbanisation s’ajoute à l’érosion

« En 50 ans, le littoral s’est bien transformé ! Les tempêtes actuelles ne sont pas plus intenses mais avec l’urbanisation, les maisons s’approchent de la côte, et les risques augmentent », dit Alain Hénaff, coordinateur du projet de recherche Cocorisco (Connaissance, compréhension et gestion des risques côtiers) (4). Initialement prévu jusqu’en février, le projet, qui regroupe des chercheurs de l’Institut universitaire européen de la mer et de l’Université de Bretagne Occidentale(5), est prolongé jusqu’en mars 2015.

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Klervi L’Hostis

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