Un cancer mieux cerné

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avril 2014
B. Boissonnet BSIP

Une équipe rennaise vient de mettre en évidence une molécule ayant un rôle clé dans le cancer du sein.

Dans les laboratoires de l’Irset(1), à Rennes, des chercheurs ont obtenu des résultats encourageants concernant le cancer du sein. Et plus particulièrement le cancer dit triple négatif(2) qui conduit souvent à une rechute fatale. Ces scientifiques viennent de montrer dans une publication de novembre dernier, que l’on retrouve chez ces patientes un taux élevé d’une molécule, baptisée CD95L.

 

Une molécule tueuse

« Cette molécule est bien connue depuis les années 90, explique Patrick Legembre, responsable de l’équipe(3), pour son rôle dans l’élimination de cellules cancéreuses. » En temps normal, elle est présente à la surface des lymphocytes T, responsables de la destruction des cellules tumorales. Lorsqu’elle se fixe à son récepteur présent sur la surface de la cellule malade, CD95L envoie un message provoquant la mort de cette dernière. « Avec l’équipe, nous avons montré qu’elle pouvait aussi entretenir le processus inflammatoire dans des maladies auto-immunes, comme le lupus. Il faut pour cela que CD95L soit coupée de son lymphocyte et libérée dans le sang. Jusqu’à maintenant, elle était alors considérée comme inerte. »

Prolifération et migration

Bien au contraire ! Lorsqu’elle se retrouve soluble, la molécule peut toujours se fixer à son récepteur. Mais, au lieu de déclencher un signal de mort cellulaire, elle va engendrer une prolifération des cellules et une migration des lymphocytes. Suite à cette découverte, l’équipe de Patrick Legembre a rapidement fait le lien avec les cancers. « Les cancers dits triples négatifs sont la plupart du temps associés à une inflammation chronique. » Les centres régionaux de lutte contre le cancer de Nantes et Rennes ont fourni des échantillons de sérum - une partie du sang - de cent cinquante patientes atteintes de cancer du sein, sur lesquels les scientifiques ont pu faire leur dosage. Ils ont alors mis en évidence l’excédent de CD95L chez les patientes triples négatives qui allaient rechuter.

Plusieurs angles d’attaque

Grâce à cette information, les chercheurs peuvent aujourd’hui concentrer leurs efforts sur de nouveaux moyens pour mieux cibler les thérapies. « Nous avons plusieurs angles d’attaque, précise le chercheur. Nous avons déjà commencé à mettre au point des anticorps capables de bloquer la coupure et la libération de CD95L. Nous travaillons aussi sur un moyen de bloquer complètement le système ligand-récepteur. Et enfin, nous avons récemment montré que la migration des lymphocytes dépend aussi de certains lipides. Donc, nous aimerions bloquer la migration en jouant sur ce paramètre. » Il faudra au minimum quatre à cinq ans avant d’atteindre les essais cliniques. « Il faut que nous testions nos hypothèses sur beaucoup plus d’échantillons, d’une part pour valider le rôle pronostique de la molécule, d’autre part pour travailler sur un outil thérapeutique. » L’équipe avec le Centre Eugène-Marquis de Rennes travaillent déjà à un rapprochement entre plusieurs centres anticancéreux en France, afin de réunir plus d’échantillons.

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Céline Duguey

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