Des bijoux à la mode de Téviec

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avril 2014
Musée de préhistoire de Carnac - Nik Mather
Marion Pérez, restauratrice au musée de Carnac, porte une parure en résille de coquillages. L'hypothèse de cette reconstitution, réalisée par Marina Godeau, se base sur le protocole scientifique défini par Jacques Reinhard.

Des vestiges sont au musée de Carnac. Les chercheurs y étudient les maladies... et les bijoux des hommes de Téviec.

Le musée de Préhistoire de Carnac conserve les mobiliers de quatre sépultures de Téviec, où étaient enterrés treize défunts : coquillages, pendentifs avec des incisives de cerf perforées, outils en os ou en silex, armatures de flèches. Et surtout, trois squelettes enterrés ensemble dans l’une des sépultures. Comme à Toulouse, le caveau contenait deux jeunes femmes, avec en plus un jeune enfant. Ces ossements sont visibles au musée, ainsi que l’exposition “Marthe et Saint-Just Péquart, archéologues des îles. De Houat à Hoedic, 1923-1934”(1).

Comme à l’Institut de paléontologie humaine (lire p. 16), la recherche est active sur ces vestiges. Dans le cadre de sa thèse, l’anthropologue Gabrielle Bosset(2), intervenue à Toulouse (lire p. 14), a étudié les squelettes pour dénombrer la collection et l’âge au décès. Éva David(3), spécialiste des technologies préhistoriques, a étudié les pointes très fines, d’environ 15 cm, retrouvées sur les corps des défunts. Ces stylets, en os de sanglier, de chien ou de cerf, étaient décorés de traits réguliers. L’analyse a montré des marques d’usure, prouvant que ces épingles étaient portées du vivant des personnes.

Deux étranges caries

Le médecin Pierre Mouterde(4) a diagnostiqué en 2013, sur l’un des squelettes de Carnac, une dysplasie, cette maladie héréditaire de la hanche répandue autrefois en Bretagne. L’anthropologue italien Alfredo Coppa(5) a, quant à lui, étudié leur morphologie dentaire. « Deux caries ont été découvertes sur l’un des squelettes, raconte Emmanuelle Vigier, directrice du musée de Préhistoire de Carnac. Les chasseurs-cueilleurs n’ont pas de caries habituellement, car ils ne consomment pas de céréales, qui contiennent des glucides. »

La chercheuse Solange Rigaud(6), spécialiste des bijoux du mésolithique, a étudié en 2011 une centaine de coquillages conservés à Carnac. La doctorante a montré que les hommes et les femmes de Téviec avaient des parures très riches. « Des coquillages extrêmement usés ont été trouvés dans la tombe d’un enfant, note-t-elle. Cet enfant a-t-il vécu assez longtemps pour user ce bijou, ou bien lui a-t-il été donné ? Cela voudrait dire qu’il y avait un système d’héritage. Et les coquillages des enfants sont-ils plus petits ? Si des parures leur sont dédiées, cela confère aux enfants un statut particulier. Dans les sociétés traditionnelles, les parures traduisent un statut social. »

Des bijoux somptueux

Mais comment étaient portés ces bijoux ? Pour le savoir, Emmanuelle Vigier a fait appel à l’archéologue suisse Jacques Reinhard, expert en artisanat préhistorique. « L’hypothèse des archéologues est que ces coquillages étaient intégrés dans un réseau textile », explique-t-il. L’archéologue expérimental utilise des techniques de perforation, par abrasion ou rotation du coquillage, et le savoir-faire des vanniers. Pour les fils, il utilise les végétaux de l’époque : graminées, joncs, lin, orties, ainsi que la sous-écorce des arbres, le liber (tilleul, saule, chêne, orme). Les coquillages sont ces petits “grains de café” (Trivia), et des littorines, ces minuscules coquilles du rivage. « Ces littorines sont des merveilles de couleurs, souligne-t-il. Avec des dizaines de couleurs, du rouge au jaune, ces bijoux étaient somptueux. » Des bonnets ou des coiffes multicolores étaient à la mode sur le littoral, sept millénaires avant les coiffes bretonnes.

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Nicolas Guillas

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