Les archéologues n’ont pas fini de fouiller

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avril 2014
Grégor Marchand
Les hommes du mésolithique ont aussi laissé des traces de leur civilisation à Beg-er-Vil.

Les archéologues fouillent aujourd’hui sur plusieurs sites mésolithiques. Ils espèrent revenir, un jour, sur Téviec.

Comme au temps des Péquart, les archéologues d’aujourd’hui continuent à chercher, sur le littoral, des traces des peuples du mésolithique. Ils les trouvent dans de grands amas de coquillages fossilisés, formés par les hommes, où le calcaire conserve les ossements. C’est le cas à Beg-er-Vil, à la pointe de la presqu’île de Quiberon (lire encadré) et à la pointe de la Torche (Finistère). Sur l’îlot privé de Téviec, où se trouve le plus fabuleux des amas coquilliers, de nouvelles fouilles ne sont pas encore programmées. « Téviec est une réserve archéologique gigantesque, explique Grégor Marchand. Marthe et Saint-Just Péquart ont fouillé 320 m2 de cette nécropole. Mais il reste des milliers de mètres carrés probablement intacts. Ce serait fascinant de retrouver les traces d’autres nécropoles, ou des restes d’habitations autour de l’amas. »

La qualité des enregistrements et des observations des Péquart était remarquable pour l’époque. Mais la valeur scientifique des fouilles d’aujourd’hui serait nettement supérieure. « Nous pourrions aller beaucoup plus loin, pour rechercher d’autres types de flèches, comprendre quel est le mobilier funéraire dans les terres des sépultures, pourquoi pas identifier des liens végétaux qui maintenaient les corps recroquevillés, ou des linceuls. Il y a énormément de réponses que nous pourrions donner, grâce à des nouvelles fouilles. »

Les restes d’animaux, comme les coquillages, font partie des indices étudiés par les archéologues. Ça tombe bien, les défunts de Téviec arboraient des milliers de coquillages ! Archéozoologue au Creaah(1), Catherine Dupont fait parler le moindre fragment d’animal, en relation avec l’histoire des hommes. Avec son collègue Grégor Marchand, elle coordonne les fouilles à Beg-er-Vil. « Notre connaissance des parures du mésolithique a beaucoup évolué depuis les Péquart, explique-t-elle. Ils imaginaient des colliers et des bracelets, mais nous savons maintenant que ces coquillages pouvaient être cousus sur des vêtements  »

La parure et l’alimentation

Lauréate 2014 de la médaille de bronze du CNRS, Catherine Dupont aimerait fouiller à Téviec, pour réétudier les questions liées aux coquillages(2). « Les parures peuvent dissocier des éléments de la population, les gros coquillages sur certains défunts sont peut-être des marqueurs sociaux. » En outre, les coquillages permettent d’en savoir plus sur l’alimentation, en complément des travaux de Rick Schulting sur les os conservés à l’IPH (lire article ci-contre). « Les Péquart s’étaient focalisés sur les coquillages des sépultures, mais nous avons très peu d’informations sur les coquillages consommés ! Nous savons que les hommes du mésolithique mangeaient des patelles (berniques), des huîtres, des moules, des coques, mais quel était leur impact dans l’alimentation ? Avec les techniques actuelles appliquées à Beg-er-Vil, nous connaîtrions les proportions des coquillages consommés. Cela nous donnerait une image de l’environnement exploité par les hommes de Téviec(3). »

Mais le retour des archéologues sur l’île n’est pas à l’ordre du jour. L’ancien lieu de fouilles est pourtant fragile, exposé à l’érosion de la houle et du vent (lire également p. 8-9). Sans compter que ce site mésolithique, comme l’écrivaient les Péquart en 1937, « était certainement plus vaste autrefois et devait probablement s’étendre vers l’ouest, au-dessus du socle rocheux à présent complètement dégradé, battu par les vagues et recouvert par les hautes eaux. »

L’épopée des chasseurs-cueilleurs maritimes

Grégor Marchand et Catherine Dupont coordonnent depuis 2012 les campagnes de fouilles sur le site mésolithique de Beg-er-Vil. Cet amas coquillier, le petit frère de Téviec, a livré des os de mammifères, des restes de crabes, de poissons, d’oiseaux, des coquilles marines, des silex taillés, des bois de cerf, des parures... mais pas encore de sépulture. Chaque indice est passé au tamis pour comprendre l’environnement de l’époque, les techniques de pêche et l’alimentation des hommes avant leur sédentarisation et l’agriculture au néolithique.

L’étude de ces chasseurs-cueilleurs maritimes, sur tous les littoraux du monde, intéresse les anthropologues : elle raconte la longue et fabuleuse histoire des êtres humains avec

la mer. Les deux archéologues et leur laboratoire (Creaah) organisent justement à Rennes, les 10 et 11 avril, une table ronde pour leurs confrères archéologues, anthropologues et paléoenvironnementalistes qui étudient ces peuples sur plusieurs continents (http://seapeople2014.univ-rennes1.fr). Pour le grand public, rendez-vous au Mardi de l’Espace des sciences, le 8 avril (à revoir en vidéo sur www.espace-sciences.org/conferences).

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Nicolas Guillas

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