Les squelettes parleront encore

319
avril 2014
Nicolas Guillas
Neuf squelettes entiers découverts par les Péquart sont conservés à l’Institut de paléontologie humaine, à Paris. Les crânes sont dans les boîtes (en haut à droite), les autres os dans des tiroirs (l’un est ouvert), sous l’étiquette « Téviec ».

Précieusement conservés, les ossements de Téviec sont toujours étudiés. Ils pourraient livrer d’autres secrets.

« L’essentiel des vestiges de Téviec est conservé ici, à l’Institut de paléontologie humaine », explique Amélie Vialet, responsable de la collection à l’IPH, à Paris. Mais l’ensemble de la collection des Péquart est dispersée sur cinq sites en France, au musée de Carnac, au musée d’Archéologie nationale à Saint-Germain-en-Laye, aux muséums de Lyon et Toulouse. » L’IPH conserve les restes de neuf squelettes entiers, des éléments de parure, des outils et des ossements de faune. « Cette série est vivante, souligne la paléoanthropologue. Des chercheurs du monde entier s’y intéressent. »

Parmi ceux qui ont étudié les ossements conservés à l’IPH, le Britannique Rick Schulting s’est intéressé, au début des années 2000, à l’alimentation des hommes de Téviec. Il a montré qu’ils mangeaient des phoques, des poissons, des crabes, des coquillages, des oiseaux, du cerf, du sanglier, de l’aurochs... Et le régime alimentaire des femmes étaient moins riche en poissons que celui des hommes ! Une première étude génétique a aussi été tentée, avec l’Institut médico-légal de Strasbourg, pour extraire et analyser l’ADN contenu dans deux dents, conservées à l’IPH. Mais cette démarche exploratoire n’a pas abouti.


Les chercheurs n'ont pas encore réussi à analyser
l'ADN des dents des défunts de Téviec. Cela permettrait
de connaître les liens de parenté dans la nécropole.

©Nicolas Guillas

Des liens de parenté

Peut-on imaginer de nouvelles expertises sur ces vestiges, conservés à Paris, comme cela a été fait à Toulouse ?« Oui, de nouvelles études sur ces ossements permettraient de préciser le nombre d’individus et de revoir leurs attributions sexuelles, estime Amélie Vialet. Nous pouvons aussi réétudier les crânes de Téviec que nous conservons à l’IPH, car des traces de violence ont été mises en évidence sur ceux conservés à Toulouse. La paléogénétique permettrait de comprendre pourquoi les sépultures contiennent un ou plusieurs individus et quels étaient leurs liens de parenté. »

La grande frontière que les archéologues aimeraient traverser aujourd’hui, notamment ceux qui étudient cette civilisation du littoral, comme Grégor Marchand (lire article ci-contre), est en effet celle de la génétique et de l’ADN. Les tombes étaient-elles des caveaux de famille ? Existe-t-il un lien avec les populations néolithiques ultérieures et avec la population bretonne ? Seules des analyses génétiques pourraient le dire. Mais pour l’instant, les généticiens n’ont pas encore réussi à identifier l’ADN dans les ossements et à le différencier de celui des chercheurs qui les ont manipulés.

Si des liens biologiques étaient démontrés entre les défunts, ou si d’autres traces de violence étaient découvertes, l’interprétation du site serait chamboulée. Sans compter les connaissances que les archéologues peuvent recueillir grâce à de nouvelles fouilles. « Des recherches sont menées aujourd’hui sur le terrain, en Bretagne, note le préhistorien Denis Vialou, professeur au Muséum national d’histoire naturelle, dont le bureau est à l’Institut de paléontologie humaine. Elles sont parfaitement complémentaires avec les études paléoanthropologiques que nous favorisons, ici au muséum et à l’IPH. Il est indispensable de faire converger ces approches, pour obtenir de nouvelles perspectives. »

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Nicolas Guillas

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