Il réinvente nos loisirs

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juin 2014

En Bretagne, designers, industriels et professionnels du tourisme sont invités à créer ensemble des loisirs innovants.

Vous avez déjà passé un week-end dans une cabane perchée dans les arbres, une semaine en yourte, une nuit à la belle étoile et vous cherchez du nouveau ? Venez essayer l’habitat flottant, ou encore la Kistin, une cabane en forme de châtaigne avec son jacuzzi privé ! Ces projets, réunis au camping Au bocage du lac de Jugon-les-Lacs (Côtes-d’Armor) sont nés dans les groupes de travail Iddil(1) (Innovation et design durables dans l’industrie et les loisirs) initiés par CCI Innovation Bretagne en mai 2010 pour doper le secteur du tourisme. Trois axes ont été explorés : l’hôtellerie de plein air, les loisirs nautiques et les services associés comme les lieux d’informations, les espaces sanitaires et de bien-être, les lieux de shopping permettant de valoriser des produits bretons. En s’attachant toujours aux usages. « Faire du camping en Bretagne nécessite, par exemple, de s’adapter à tous les temps, explique Laure Briantais, chargée de projet à l’Arist(2) Bretagne. Si l’on veut ouvrir un hébergement vers l’extérieur en s’affranchissant des murs, un système de bâche transparente permettant de le couvrir en cas de pluie est le bienvenu, tout en profitant de la lumière. »

S’adapter au lieu

C’est l’un des défis auquel répond le Kevell, l’habitat flottant mis au point par la société bretillienne Aquashell, avec le designer finistérien Owen Poho. Cet espace de 25 m2, avec des chambres, des toilettes, une douche, est littéralement posé sur le plan d’eau grâce à un système de flotteurs. Et pour en profiter quelle que soit la météo, la structure dispose de deux arches coulissantes, permettant de protéger la terrasse de la pluie. « Nous avons fourni au designer la plate-forme en aluminium posée sur des flotteurs développés ici, à Miniac-Morvan (Ille-et-Vilaine) par Rototec, explique Nicolas Le Guen, responsable commercial d’Aquashell. C’était à lui d’imaginer l’habitat à installer dessus, en respectant les contraintes de l’homologation bateau. » Et ce qu’Owen Poho a proposé, les industriels n’y auraient jamais pensé. « Le problème pour la flottaison, c’est le poids. Donc installer des arches coulissantes qui engendrent un transfert de charge, je n’aurais jamais mis ça en œuvre, en tant que technicien ! Là, c’est le designer qui propose l’idée, ça nous oblige à trouver de nouvelles solutions techniques. » Et la réussite des projets Iddil, c’est bien de réunir tous les acteurs : professionnels, ingénieurs, designer, pour faire émerger ces innovations. « La deuxième phase consiste ensuite à transformer l’essai en trouvant des sites où le concept de produit pourra être implanté, reprend Laure Briantais. L’idée est retravaillée pour s’adapter totalement au lieu, et les dessins en 3D prennent alors corps pour devenir des produits à l’échelle 1. » « Il faut discuter pour trouver des compromis, ajoute Nicolas Le Guen, sur les matériaux, il y a des choix à faire sur les prix, par exemple. Et les deux barres en acier qui amarrent la structure à la rive étaient difficiles à faire entrer dans le design d’origine. » Le Kevell, créé dans le cadre d’Iddil pour le camping Ty Nadan à Locunolé (Finistère), a donné naissance à l’AquaPrima, moins coûteux, développé par Aquashell.

Un trampoline sur le bateau !

À Jugon-les-Lacs, plusieurs projets se sont ainsi concrétisés, avec l’idée d’une complémentarité. Tandis que le camping développait sa gamme d’hébergements originaux pour mettre en valeur le lac, une embarcation d’un genre nouveau naissait d’un autre projet, permettant de profiter de cette étendue d’eau. « L’idée était de concevoir une embarcation pour les non-pratiquants, les personnes qui n’ont ni expérience, ni permis bateau, détaille Vincent Beaucourt, designer, dont c’était la première expérience dans le secteur du nautisme. Contrairement au fonctionnement usuel où je réponds au cahier des charges d’un industriel, là l’industriel [ndlr ici Yffiplast, basé à Yffiniac (Côtes-d’Armor)] se reposait aussi sur ma volonté. Dès le départ, j’ai voulu mettre l’accent sur le bien-être, donc j’ai enlevé toute idée de propulsion à essence. » Le bateau avance grâce à la force des jambes et à un système d’hélices... mais ce n’est pas un pédalo ! « On retrouve des francs-bords qui donnent la sensation de sécurité et un style bateau. Et pour profiter du lac au maximum, j’ai imaginé un module qui s’ajoute à l’arrière avec, selon les besoins, un fond transparent, un espace pour s’allonger, un trampoline, un espace de jeux... » Tout en respectant un budget maximal. La présence des industriels dans le groupe de travail permet d’établir le modèle économique, donc de poser ces contraintes dès le départ. Le Naga est actuellement en phase de prototypage, des tests devraient avoir lieu au début de l’été sur le lac, pour une mise en vente par Iffyplast, au deuxième semestre. Mais le modèle, déposé, reste la propriété du designer. « Aujourd’hui notre boîte à idées contient près de quatre-vingts concepts », conclut Laure Briantais. Et peut-être l’idée insolite de vos prochaines vacances !

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Céline Duguey / Nathalie Blanc

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